Les faits enseignants

Voilà!  C’est parti pour ce blogue où, dans le billet qui suit comme pour les prochains, je m’efforcerai de réfléchir à voix haute sur des faits enseignants, l’effet enseignant ou, tout simplement, sur des questions d’éducation au Québec.  Au plaisir de lire vos commentaires!

 

Tout a débuté lors d’une rentrée, alors que nous recevions Steve Bissonnette [1] dans le cadre d’une présentation sur les écoles efficaces.  Ça faisait alors près de 20 ans que j’œuvrais en éducation.  D’abord comme enseignant, puis comme directeur d’école.  Trop rarement dans ces deux décennies je m’étais arrêté sur la portée de l’acte d’enseigner ou, plus précisément, sur l’effet enseignant.  On m’avait souvent présenté, dans le cadre des conférences servant à lancer l’année scolaire, une foule de sujets reliés à l’éducation comme le changement, le leadership, le sentiment d’efficacité personnelle, les nouvelles technologies et bien d’autres.  Évidemment, des gens comme Pierre Collerette, Thérèse Bouffard ou Ron Canuel avaient su capter mon attention, mais jamais je n’avais été autant captivé à entendre parler de Hattie ou d’Engelmann et de leurs travaux sur l’effet enseignant.  C’est donc le professeur Bissonnette qui, en relatant le résultat des recherches de Hattie sur des centaines de méta-analyse, m’a ouvert les yeux sur la puissance et l’importance du geste d’enseigner.

 

Everyone knows the right answearSi l’élève n’a pas appris, c’est que le maître n’a pas enseigné efficacement.

Siegfried Engelmann

 

L’effet enseignant

Une fois l’émerveillement ou l’éblouissement dissipés, on peut rapidement tomber dans l’angoisse de la responsabilité confiée à l’enseignant (ou même, selon moi, à tous les autres intervenants d’une école).  En effet, quand on regarde le classement des facteurs ayant un impact sur la réussite scolaire selon la conclusion des recherches de Hattie (2015), on remarque rapidement que plusieurs de ceux qui ont un effet plus grand que d = 0,40 (la valeur d’effet moyen déterminée par Hattie) sont directement liés à l’enseignant et son rôle notamment:

  • Crédibilité de l’enseignant (0,90)
  • Feed-back par l’enseignant (0,73)
  • Stratégies d’enseignement (0,60)
  • Enseignement dirigé par l’enseignant (0,60)
  • Relation de confiance entre l’enseignant et l’élève (0,52)
  • Gestion de classe (0,52)
  • Formation continue des enseignants (0,45)

Voilà donc pourquoi, après cette présentation tenue tout juste avant une énième rentrée scolaire, j’en suis sorti bouleversé.  Bouleversé tout d’abord d’avoir ignoré si longtemps ce pouvoir placé entre mes mains.  Bouleversé ensuite d’avoir à porter la responsabilité qui incombe au directeur d’école (après tout, ne sommes-nous pas le « head teacher » des britanniques ou, comme le disent nos voisins du sud, le « principal » – pour principal enseignant?).  J’ai eu beau, comme enseignant ou comme directeur, me faire dire périodiquement qu’on est d’abord là pour les élèves ou que notre rôle est essentiel, rien ne m’avait autant ébranlé dans toute ma carrière en éducation que ces résultats démontrant l’effet enseignant!

 

Une responsabilité qui peut être plus ou moins lourde à porter

Que l’on soit d’accord ou non avec chacune des conclusions de la recherche menée par Hattie ainsi que sur la manière qu’on doive les mettre de l’avant dans nos écoles, il demeure un fait : les enseignants ont un pouvoir immense sur l’apprentissage et le développement des élèves.  Et, trop souvent, il s’avère qu’il est beaucoup plus grand que ce qu’on peut imaginer!  Ainsi, il découle de cette irréfutable influence une responsabilité qui peut être lourde à porter pour certains.  Cela dit, même si elle est d’abord personnelle, cette responsabilité est souvent partagée avec l’école, les associations et autres regroupements professionnels.  Je parle ici de la formation continue qui, au-delà de la formation initiale trop souvent incomplète, peut prendre différentes formes selon les besoins, les possibilités ou contraintes de chacun.

 

Il est du devoir de l’enseignant… de prendre des mesures appropriées qui lui permettent d’atteindre et de conserver un haut degré de compétence professionnelle.

(Loi sur l’instruction publique – LIP, article 22)

 

Qu’il s’agisse des rencontres ou des discussions avec une direction responsable de la pédagogie ou bien un conseiller pédagogique, de lectures glanées ici et là sur les réseaux sociaux ou des sites dédiés à l’enseignement, de la formation en ligne sur des plateformes comme celle du CADRE21, de la participation à des congrès ou des rencontres spécifiques, les occasions ne manquent pas ces années-ci pour prendre en charge la responsabilité de sa formation continue.  Sans parler de l’obligation dictée par la LIP et sans entrer dans le débat autour de la création d’un ordre professionnel pour les enseignants (qui imposerait sans doute, comme d’autres ordres professionnels dans différents domaines, un minimum d’heures de formation pour le maintien du permis d’exercice), chaque enseignant, comme professionnel de l’éducation, a donc la responsabilité d’assurer sa mise à jour et son développement par la formation continue.  C’est une question de responsabilité professionnelle!

 

L’effet enseignant peut donc sembler lourd à porter pour certains, mais cette lourdeur est généralement inversement proportionnelle à l’implication de l’enseignant dans sa formation continue.  De plus, rappelons-nous que cette responsabilité est souvent partagée par la communauté éducative de l’école et que, pour cette idée comme pour bien d’autres en éducation, il ne faut pas s’isoler mais plutôt apprendre à réseauter.  Finalement, et j’écrirai éventuellement sur le sujet, l’acte d’enseigner suppose d’abord une relation de confiance entre un élève et son enseignant (0,72 selon Hattie).  Ainsi, il ne s’agit pas que de méthodes, théories et concepts.  Enseigner, c’est aussi une affaire de cœur!  Voilà qui devrait être rassurant pour plusieurs qui, comme moi, côtoient des gens qui affectionnent particulièrement ceux qui sont en face d’eux à tous les jours…

 



[1] Steve Bissonnette, Ph. D., est professeur au Département d’éducation à la TÉLUQ.  Il a également été professeur et directeur adjoint au Département de psychoéducation de l’Université du Québec en Outaouais (UQO).  Son domaine de spécialisation est l’intervention en milieu scolaire. Il a travaillé, pendant plus de 25 ans, auprès des élèves en difficulté et du personnel scolaire dans les écoles élémentaires et secondaires ainsi qu’en Centre Jeunesse. (tiré du site web de la TELUQ)