Qu’on nous donne les moyens de nos ambitions!

J’ai tardé à écrire ce billet.  Il y a longtemps que j’ai envie de m’exprimer sur cette situation, mais je donnais la chance, j’espérais que la réponse viendrait la semaine suivante, …  Bref, je restais positif et j’évitais le cynisme.  Mais là, c’en est trop!

 

Depuis l’année scolaire 2016-2017, le ministère de l’Éducation offre une allocation supplémentaire aux écoles privées pour améliorer les services aux élèves à risque et aux élèves HDAA.  Communément appelée la mesure 30120, elle vise un ajout de ressources et la mise en place de divers éléments d’interventions liés aux besoins de ces élèves.

La première année, cette bonne nouvelle est arrivée à la fin du mois de mai avec le projet de règles budgétaires.  Dès ce moment, sans nous fournir un formulaire ou un cadre de rédaction précis, on nous annonçait que les projets devaient être présentés avant le 31 juillet.  Il faut avoir déjà travaillé dans une école pour savoir que la fin d’année scolaire est une période passablement occupée et bien remplie.  Épreuves de fin d’année et coordination de tout ce qui s’y rapporte, soirées et autres moments dédiés aux cérémonies et activités de fin d’année, correction et production du dernier bulletin, embauche du nouveau personnel pour la prochaine année, remise des tâches et signature des contrats, commandes en vue de la prochaine année, …  Personne ne chôme dans une école!  Il y a des périodes fortes et le mois de juin en fait partie.  En juillet, alors qu’ils sont en vacances, comment s’asseoir avec les enseignants concernés afin de les consulter et imaginer un projet pour leurs élèves?  Ainsi, dans les faits, nous n’avons eu que quelques jours afin de compléter notre demande pour la mesure 30120.  Je me souviens même de l’avoir finalisée, par téléphone avec une de mes directrices adjointes, alors que, théoriquement, nous étions tous les deux en vacances!  L’idée ici n’est pas de se plaindre ou de tenter de faire pitié.  Comme bon nombre de mes collègues et plusieurs enseignants, on travaille la fin de semaine et même durant l’été.  Ce n’est pas ça la question.  L’idée ici c’est de montrer dans quel contexte nous avons travaillé pour cette première année de la mesure 30120, qui nous a finalement été confirmée le 31 août 2016.

Pour la deuxième année, l’histoire se répète en ce qui concerne le début du processus.  En effet, les règles budgétaires sont confirmées à la fin du mois de mai et, cette fois-ci, on nous demande de faire parvenir nos projets au plus tard… le 16 juin!.  Oublions les deux dernières semaines de juillet où la plupart des directions d’école sont déjà en vacances afin de reprendre le boulot dès le début du mois d’août, on parle donc d’une échéance devancée d’un mois par rapport à l’année précédente!  Pas qu’un mince changement pour une période de l’année scolaire où l’agenda est déjà bien rempli…  Qu’à cela ne tienne, notre demande, bonifiée par rapport à celle de 2016 puisqu’on nous annonçait une majoration de l’allocation, était présentée au ministère le 15 juin 2017.

Malheureusement, l’histoire ne se termine pas ici.  Je dirais même qu’elle ne fait que se poursuivre.  En effet, le 22 juin 2017, nous recevions un courriel en provenance du ministère au sujet d’un suivi sur la mesure 30120 pour l’année scolaire 2016-2017.  Cette missive faisait alors état d’une demande de reddition de comptes sur l’utilisation des sommes reçues pour l’année scolaire 2016-2017.  Un tableau était joint au courriel et on nous demandait de le compléter sommairement pour ensuite le retourner.  Bien conscients qu’il s’agissait d’une première au chapitre de l’aide supplémentaire offerte pour des élèves à risque au secteur privé, il était tout à fait normal pour nous d’avoir à participer à une forme de suivi et d’évaluation.  Ce qui fut moins anodin pour nous fut le fait d’avoir seulement une semaine pour retourner le tout (je rappelle que nous étions le 22 juin!) en plus de lire la note suivante « Ces renseignements sont nécessaires afin de procéder à l’analyse des projets de l’année 2017-2018 ».  Tout un incitatif à procéder rapidement!  Encore une fois, en professionnels de l’éducation que nous sommes, on s’empressa à répondre de façon exhaustive et dans les délais impartis.  En effet, le 28 juin, notre reddition de comptes 2016-2017 était acheminée au ministère accompagnée, une fois de plus, du formulaire de notre demande pour l’allocation de l’année 2017-2018.

Évidemment, basés sur l’expérience de notre première demande, nous étions confiants qu’une réponse viendrait avant la rentrée scolaire 2017.  Cependant, à ce jour, aucune nouvelle de notre demande ou même de la mesure 30120 au sens large.  Vérification faite auprès de mes collègues des autres écoles privées, rien de leur côté non plus.  Des informations ont circulé dans l’informel et on nous parlait d’abord d’un retard dû à l’augmentation de la subvention (donc plus de projets à étudier…) puis de délais liés au remaniement ministériel de la mi-octobre et au déménagement de bureaux qui s’en serait suivi.  Je garderai mes commentaires pour ce dernier passage et je continue à espérer quant au fait d’obtenir notre allocation, bonifiée, pour l’année scolaire en cours.

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Beaucoup de questions, peu de réponses

Vous aurez compris que je suis quelque peu irrité, et je pèse mes mots, par tout ce processus auquel nous avons participé diligemment, j’oserais même dire docilement, depuis près de 18 mois. D’autant plus que nous n’avons toujours aucune nouvelle, au 29 octobre, de notre demande en vue de l’année scolaire 2017-2018.

D’abord parce que 2 des 10 mois de l’année scolaire viennent de s’écouler et qu’il s’agit de semaines cruciales dans notre projet.  En effet, une bonne part de l’allocation demandée va au dépistage et à l’intervention précoce.  Même s’il n’est jamais trop tard pour agir, disons que plus on intervient tôt, meilleures sont les chances de réussite.  C’est le principe même de l’intervention précoce…  Aurons-nous les résultats escomptés avec l’arrivée de professionnels en décembre?

Puis, parce qu’il devient de plus en plus difficile, plus l’année scolaire avance, d’imaginer qu’on trouvera les ressources humaines nécessaires à notre projet.  Trouver une orthopédagogue pour remplacer la nôtre ayant déjà été un défi au printemps dernier, j’ose à peine imaginer ce que représentera celui d’en attirer une pour du temps partiel, une partie de l’année…  Et que dire de celui de trouver une orthophoniste dans les mêmes conditions?

De plus, que penser du silence du ministère alors que les personnes chargées d’étudier les demandes ont eu 6 semaines de plus cette année (17 juin au 31 juillet)?  Je veux bien croire qu’un plus grand nombre d’écoles aient présenté un projet pour la mesure 30120, mais je décroche lorsque rendus au 29 octobre, nous n’avons aucune nouvelle.  Les responsables du ministère ne peuvent pas nous demander, en juin, de réagir à leurs demandes en une ou deux semaines et n’avoir pris ou transmis aucune décision depuis ce temps.  Ça ne peut pas être deux poids, deux mesures…  Chose certaine, ça manque de sérieux!

 

Vivement une publication des règles budgétaires plus hâtive au printemps ainsi que la conversion des allocations supplémentaires en allocation de base afin d’avoir les moyens de nos ambitions!

S’élever au-dessus du débat public-privé

Cette fois-ci, je me permets un billet qui sort du sujet habituel de mon blogue.  C’est que je me dois de réagir à une situation vécue cette semaine.  Après tout, n’est-ce pas là le propre d’un blogue ; permettre de s’exprimer, d’expliquer ou même de ventiler ?

 

La semaine dernière, des réminiscences du débat public-privé en éducation ont fait l’objet d’un article dans le Huffington Post.  Je suis bien placé pour témoigner ; c’est d’un tournage dans la cour de l’école que je dirige qu’il a été question.

Des tournages, il y en a eu au moins deux par année à l’École Saint-Joseph (1985).  Une Websérie, un épisode pour une émission jeunesse ou une série télévisée, une publicité, des images pour un journal Web, …  Il faut dire que, depuis les scènes captées dans le cadre de Monsieur Lazhar, film de Philippe Falardeau primé dans différents festivals en 2011, le mot se passe dans le milieu artistique.  L’architecture de l’école, le soin apporté à l’entretien des bâtiments, la proximité des bureaux de grands diffuseurs ou de maisons de production, mais aussi le fait que c’est une école privée.  Et ici, par privée, je ne parle pas d’éducation ou d’enseignement, mais bien du fait que c’est une école autonome où les décisions sont prises localement, rapidement, par le directeur général.  Ainsi, même si elle contacte le D.G. que deux semaines avant la date prévue pour le tournage (ce qui arrive fréquemment dans ce milieu…), l’équipe de production peut tout de même avoir une réponse, des détails et l’assurance que son projet se déroulera sans anicroche.  Grosse différence par rapport au système public !  Et je parle ici en connaissance de cause…  J’ai tout de même dirigé 4 écoles publiques sur près de 10 ans avant d’occuper mes fonctions actuelles.  En effet, j’ai déjà manqué l’opportunité de voir le tournage d’un vidéoclip de David Guetta se tenir à mon école pour une réponse qui ne venait pas et, dans un autre registre, j’ai dû faire maintes et maintes démarches, sur près de trois mois, pour avoir la chance d’accueillir une des étapes du Grand Tour cycliste.  Pas (toujours) simple et rapide la bureaucratie d’une commission scolaire !

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Cette précision faite, revenons au débat public-privé.  Pourquoi les tenants de l’école publique soulignent-ils, à grands traits, le fait qu’une récente publicité du gouvernement ait été tournée, en partie, dans une école privée ?  Pour les téléspectateurs qui n’auraient pas encore visionné la publicité en question, cette dernière débute en affichant des images de la réception d’une école, se poursuit avec des images tournées dans ce qui ressemble à un parc-école pour ensuite clairement se terminer dans une cour d’école.  Le dialogue s’établit entre des parents qui se réjouissent de l’annonce d’investissements en éducation.  Une école, une cour d’école et l’annonce de mesures financières pour soutenir les écoles.  Pourquoi en faire tout un plat ?  Rien, absolument rien, ne permet d’identifier qu’il s’agit d’une école privée.  Qui plus est, les idées et les investissements annoncés sont destinés, en très grande majorité, aux écoles publiques.  Rien pour relancer pour le débat public-privé.  Rien !  Pourquoi alors ne pas choisir de célébrer ces annonces du gouvernement ?  Sans tomber dans la partisanerie, pourquoi ne pas se réjouir devant ces investissements massifs en éducation ?  Investissements qui, sans que ce soit nommé comme tel dans le Plan économique du Québec, touchent aussi le privé.

Ainsi, un peu à la manière de ce qui est prévu dans le Plan, les écoles privées ont vu réapparaître certaines allocations supplémentaires afin de créer des environnements propices à l’apprentissage.  C’est donc dans cet esprit que seront versées, au moins cette année, les sommes relatives au plan d’action sur la lecture et celles allouées pour la mise en œuvre du virage informatique.  Par ailleurs, pour ce qui est de l’aide aux élèves ayant des besoins particuliers (n’en déplaise à certains, on en retrouve dans plusieurs écoles privées non sélectives), les mesures 30110 et 30120 sont maintenues.  Ces dernières visent respectivement l’achat de mobilier et d’équipements adaptés ainsi que l’ajout de ressources spécialisées afin de mettre en place différents éléments d’intervention.

Cela dit, sans vouloir mettre de l’huile sur le feu, je tiens tout de même à préciser que la plupart des écoles privées sont des organismes à but non lucratif qui, pour plusieurs d’entre elles, occupent des bâtiments patrimoniaux.  Ainsi, ces écoles gagneraient, elles aussi, à bénéficier d’un financement additionnel pour l’entretien et l’amélioration de leurs infrastructures.  Non seulement elles ne font pas partie du Plan gouvernemental à ce chapitre, mais elles ont vu leur financement diminuer substantiellement à ce chapitre depuis quelques années.

 

Au final, publique ou privée, l’école québécoise doit recevoir positivement plusieurs des récents paramètres budgétaires.  Elle peut, en outre, applaudir les récentes annonces et le Plan mis de l’avant pour relancer l’éducation.  Laissons de côté, pour une fois, le débat public-privé et élevons-nous au-dessus de la mêlée pour voir plus loin qu’une cour d’école.

Une des clés de la persévérance scolaire

En cette fin de la plus récente édition des journées québécoises de la persévérance scolaire (JPS), je prenais conscience de la quantité de nouvelles relativement à des initiatives en ce sens et je réalisais combien de messages d’encouragement et d’annonces d’acteurs de toutes sortes – du ministre de l’Éducation au propriétaire d’une entreprise ayant quelques étudiants à l’emploi de sa PME – étaient apparus sur mon fil Twitter au cours de la dernière semaine.

De la crédibilité de l’enseignant

Malgré le désormais célèbre proverbe africain « Il faut tout un village pour éduquer un enfant », on parle tout de même des journées de la persévérance scolaire.  Quiconque aura eu la chance d’étudier le latin saura que schola réfère directement à l’école, à la classe, donc à l’enseignant.  L’enseignant.  Encore et toujours l’enseignant!  Même si le rôle des parents dans la réussite scolaire est indéniable, qu’on reconnaît aussi que les décisions prises par les instances scolaires ou, plus près de l’élève, celles prises par la direction de l’école peuvent être déterminantes sur un enjeu comme celui du décrochage ou, finalement, que les effets de la mobilisation d’une communauté influencent directement l’avenir des jeunes, c’est à l’enseignant que revient le premier rôle des acteurs réunis autour d’un élève.  Ainsi, sans rien enlever aux différents protagonistes de la réussite scolaire, l’effet enseignant prend ici, une fois de plus, tout son sens.  L’effet positif il va sans dire!  On connaît tous des histoires d’horreur, mais ce ne sont évidemment pas celles-là qui m’intéressent ou qui retiennent mon attention.

Cela dit, pour avoir un effet enseignant favorisant la réussite, certains facteurs ont plus d’impact que d’autres.  Bien sûr, il y a la relation enseignant-élève dont j’ai déjà parlé dans un autre billet, mais il y a aussi la crédibilité qu’accorde l’élève à son enseignant.  En effet, les conclusions de la méta-analyse menée par Hattie ont, depuis 2011, révélées que la crédibilité de l’enseignant influence grandement (d = 0,90) la réussite scolaire.  On pourrait croire au caractère purement subjectif de cette donnée puisqu’il s’agit de la mesure d’une qualité attribuée par l’élève, mais il en est tout autrement.  Bien installée dans le « top 10 » des éléments répertoriés par Hattie, ce dernier ne définit pas la crédibilité comme le ferait le Larousse ou le Robert, mais bien selon quatre éléments qui doivent être omniprésents dans la pratique des enseignants reconnus comme crédibles par leurs élèves : la confiance, la compétence, le dynamisme et la proximité.  Le dernier élément faisant référence, selon la traduction de Stéphane Côté, à la « présence physique » de l’enseignant dans la classe ainsi qu’à « l’aide que l’élève perçoit recevoir lorsqu’il en a de besoin ».  Qu’on soit plus ou moins en accord avec cette définition et/ou son usage dans le classement des facteurs favorisant la réussite, nous avons probablement tous déjà vécu une situation, scolaire ou non, où nous avons persévéré grâce à une personne à qui on accordait, même inconsciemment, une forme de crédibilité.  Tel un athlète avant la finale olympique, on a confiance en nos capacités et on sait combien de fois on a répété ce qu’on s’apprête à faire ou combien d’heures d’entraînement nous ont mené ici.  Malgré tout, on a besoin de notre entraîneur, de l’expression de sa crédibilité; remarquer sa présence, être rassuré par sa compétence, sentir sa confiance et être motivé par son dynamisme.  Donc, à bien y penser, les résultats de Hattie trouvent un réel écho dans la classe…

Prendre conscience de notre impact

Pour en revenir aux JPS, il a toujours été clair pour moi (et ça l’est maintenant davantage) que les enseignants ou le personnel d’une école (éducateurs, professionnels, personnel de soutien, membres de la direction) ont une large part de responsabilité dans la persévérance et la réussite des élèves.  Une part parfois plus grande que celle qu’on peut imaginer ou celle qu’on s’attribue.  Et loin de moi l’idée de mettre de la pression sur les acteurs du système (moi inclus)!  Cependant, il ne faut pas minimiser, voire nier, l’importance de notre rôle auprès des élèves qui nous sont confiés.  Un geste, un mot, un regard…  Une seconde, une minute, une période…  C’est parfois tout ce qu’il faut pour créer le lien, influencer positivement et exercer sa crédibilité auprès d’un élève.  Le reste ne dépend pas toujours de nous, mais l’inverse est moins vrai.

photosourireUn geste, un mot, un regard…  Une seconde, une minute, une période…  C’est parfois tout ce qu’il faut pour créer le lien, influencer positivement et exercer sa crédibilité auprès d’un élève.

Il faut donc s’arrêter 2 minutes pour prendre conscience de l’impact et du pouvoir qu’on peut avoir sur l’apprentissage, le développement, l’orientation scolaire ou même le choix de carrière d’un enfant.  Ça peut donner le vertige à certains, mais c’est un pouvoir que nous nous devons d’exercer avec tout le professionnalisme qu’on nous reconnaît.  Faire de l’école une expérience positive, développer le plein potentiel et influencer pour l’avenir, voilà ce qui résume nos défis quant à la persévérance scolaire. Cela dit, une foule d’exemples se trouvent près de nous (j’en lisais encore un autre ce matin) en ce qui concerne de belles histoires où l’influence d’un enseignant, d’un éducateur, d’un animateur, d’un entraîneur, … fut déterminante dans la vie d’un jeune, aujourd’hui devenu un adulte accompli.  Continuons et ajustons nos pratiques en fonction de ce qui est reconnu et réputé efficace au niveau de la réussite scolaire.

La persévérance scolaire c’est l’affaire de tous, mais souvenons-nous que ça débute en classe et, à ce titre, qu’il nous appartient de prendre les bons moyens afin de s’assurer de viser les meilleurs résultats pour nos élèves.

La relation enseignant-élève : un outil de réussite scolaire

Si je vous demandais quels sont vos souvenirs de l’école primaire, ou ceux de votre passage au secondaire, quelle serait, spontanément, votre réponse?  La note finale obtenue dans le cadre d’un cours ou les liens crées avec un membre du personnel, tel un enseignant?  Probablement que vous me relateriez ceux liés à un enseignant ou un autre membre du personnel de l’établissement que vous fréquentiez.  Normal?  Tout à fait!  Même si Hattie ne lui attribue plus le même effet (d = 0,52 en 2015 VS d = 0,72 en 2009), on peut affirmer, sans trop se tromper, que la relation enseignant-élève est au centre de l’expérience scolaire des enfants et des adolescents qui sont dans nos classes.  Les liens créés avec un enseignant qu’on apprécie seraient donc beaucoup plus marquants que, par exemple, les résultats inscrits au bulletin.  Un constat qui mérite qu’on s’y attarde.

 

En effet, parce qu’ils côtoient les élèves quotidiennement ou sur une base régulière, les enseignants établissent des relations qui influencent, au-delà des contenus qu’ils enseignent ou des compétences qu’ils tentent de faire acquérir, le bien-être affectif, la motivation, les résultats ou même le choix de carrière, pour ne nommer que ces éléments.  Il est donc du devoir de tout adulte qui œuvre dans une école, particulièrement les enseignants, de prendre les moyens nécessaires afin de développer et entretenir des liens significatifs avec chacun des élèves qui lui sont confiés.  Cela peut paraître banal pour certains, démesuré pour d’autres, il n’en demeure pas moins que l’effet d’une relation enseignant-élève positive est une variable prépondérante, ayant des répercussions à de multiples niveaux et jouant un rôle déterminant sur le lien que l’élève aura avec l’école (Fredriksen et Rhodes, 2004; Brewster et Bowen, 2004).  Malheureusement, on sous-estime trop souvent le pouvoir de l’effet enseignant…  On s’intéresse et on s’attarde davantage au contenu en pensant favoriser la réussite de nos élèves alors que Fallu et Janosz (2003) ont clairement démontré que les relations chaleureuses diminuent le risque de décrochage scolaire des élèves à risque élevé.  Il est donc d’une importance capitale qu’on prenne le temps et les moyens appropriés pour créer ce lien, si puissant, dès la première minute de la classe ou dès l’instant qu’on côtoie des élèves, peu importe notre fonction dans une école.

Happy communication

La relation entre la personne qui enseigne et l’élève ne correspond pas uniquement à quelque chose qui se produit dans un contexte, mais il s’agit, en fait, du contexte qui se trouve au cœur même de la dynamique d’enseignement et d’apprentissage.

(Enseigner selon mes rêves; ACE-CEA; 2013)

Un bonjour, un prénom

Récemment, alors qu’il était de passage à mon école pour entretenir les enseignants titulaires au sujet de la pédagogie 3.0, j’avais la chance d’écouter Stéphane Côté au sujet de l’organisation et la gestion de classe.  Pour lui, tout se joue dans les cinq premières minutes de la journée (de la période).  Il importe alors de s’astreindre à un exercice (sans se laisser « déranger » par sa direction d’école disait-il…) où chaque élève doit être accueilli par un bonjour, suivi de son prénom et, idéalement, d’une forme de questionnement permettant de saisir l’état dans lequel il se présente en classe.  De répéter machinalement une formule de salutation, sans la personnaliser, n’apporte rien à la relation enseignant-élève.  Ce dernier doit sentir que l’enseignant lui accorde de l’importance, qu’il compte pour lui.  C’est exactement ce que Fortin, Plante et Bradley (2011) identifient comme étant une des recommandations au niveau des enseignants : les sensibiliser aux meilleures attitudes à avoir pour bonifier leurs interactions avec les élèves.  Ainsi, le soutien, la chaleur, l’engagement, le respect, l’équité, les attentes élevées, la proximité et certains comportements non verbaux sont autant de stratégies utiles afin de créer un lien étroit avec ses élèves.

Par ailleurs, d’autres conditions ont clairement été identifiées dans le cadre de la conclusion du travail [1] des chercheurs cités plus haut. En voici quelques-unes :

Au plan des connaissances et des attitudes des enseignants

Sensibiliser les enseignants à reconnaître les impacts d’une relation positive avec leurs élèves, qui se font ressentir bien au-delà du plan scolaire.

Qu’on pense à l’estime de soi, aux habiletés sociales ou tout simplement au bien-être émotionnel des élèves en général, de nombreux aspects de la vie extérieure à l’école bénéficient de cette relation positive.

Sensibiliser les enseignants à l’importance de mieux connaître leurs élèves.

Une bonne compréhension de la réalité personnelle et familiale d’un élève permet, assurément, à l’enseignant de mieux le comprendre, d’ajuster ses interactions avec lui et ultimement de le soutenir plus adéquatement.  Par ailleurs, j’oserais dire que le fait de fréquenter nos élèves dans un cadre autre que celui de la classe (activités parascolaires, sorties et voyages, …) donne l’occasion, autant à l’enseignant qu’à l’élève, de connaître l’autre sous de nouveaux angles et, ainsi, d’identifier des qualités, des aptitudes ou des intérêts qui servent à tisser des liens qui ne peuvent qu’être que bénéfiques à la relation enseignant-élève.

Au plan des pratiques pédagogiques

Connaître les meilleures pratiques à adopter pour les élèves à risque.

Plus un enseignant se sent compétent à gérer une classe en plus de maîtriser les contenus à enseigner, plus il risque d’entretenir des relations positives avec ses élèves.  Ainsi, parce qu’il y a de plus en plus d’élèves intégrés ces dernières années, il est primordial que chaque enseignant puisse être au fait des pratiques pédagogiques les plus efficaces en plus de maîtriser un certain éventail de stratégies relationnelles éprouvées envers des élèves présentant des besoins particuliers.  Le sentiment de confiance et d’efficacité de l’enseignant est donc un facteur clé si on veut favoriser une relation enseignant-élève menant à la réussite scolaire.

 

Et moi qui m’étais toujours demandé pourquoi la semaine québécoise de reconnaissance des enseignants précédait toujours, de très près, les journées de la persévérance scolaire…  Je comprends maintenant que derrière la réussite d’un élève il y a, exception faite de ses prédispositions personnelles et familiales, le lien avec un enseignant ou un autre adulte significatif de l’école.  Bonne semaine nationale des enseignantes et des enseignants!

 



[1] Recension des écrits sur la relation enseignant-élève; Laurier Fortin, Amélie Plante, Marie-France Bradley, Chaire de recherche de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke sur la réussite et la persévérance scolaire; avril 2011.