Voir grand pour nos élèves!

Nous sommes en pleine relâche et nous amorcerons le dernier droit de l’année scolaire dans quelques jours.  Toutes les communautés éducatives, toutes les écoles et tous les intervenants encourageront les élèves à redoubler d’efforts pour terminer l’année en force, pour viser les meilleures notes – surtout depuis que la troisième et dernière étape vaut 60% de la note finale.  Évidemment!  Sans quoi il serait mal vu, mais surtout contraire à l’éthique professionnelle, d’agir autrement.  Toutefois, est-ce qu’une question d’éthique, de conscience professionnelle?  Il faut savoir que le sentiment de compétence de nos élèves joue un rôle majeur dans leur réussite, même ceux pour qui on sait déjà que le sort en est jeté.  C’est justement pour ces derniers qu’il faut lire ce qui suit…

 

Je parcourais récemment un article qui relatait les travaux de la professeure Thérèse Bouffard et, encore une fois, je prenais conscience de tout le pouvoir de l’effet enseignant.  J’ai beau l’avoir déjà rencontrée, assisté à une de ses présentations sur le sujet, écouté un reportage sur ses travaux ou lu quelques articles sur le sentiment d’efficacité personnelle, je suis toujours aussi impressionné par les conclusions de Madame Bouffard.  Pour illustrer un des faits les plus surprenants de sa recherche j’emploierai une expression empruntée à un des personnages de la série Les boys : « la dureté du mental ».  En effet, la professeure de l’UQAM, au terme de l’analyse de ses données recueillies sur près de 1000 élèves du primaire, en arrive à la conclusion suivante au sujet de la portée d’un sentiment de compétence fort :

« … ceux qui se pensent meilleurs que ne l’indiquent leurs tests d’habiletés mentales, … à potentiel égal, réussissent effectivement mieux que les autres en français et en mathématiques »

En outre, Madame Bouffard révèle que le rôle de ce sentiment de compétence semble beaucoup plus prononcé pour les élèves du secondaire.  Elle en arrive même à conclure que cette mesure de perception de compétence prédit trois fois mieux le rendement scolaire que celle des habiletés mentales.

L’article fait aussi mention du rôle des parents dans ce phénomène : l’importance de leur propre sentiment de compétence sur celui de leurs enfants ainsi que l’influence de leur style d’éducation parentale.  D’ailleurs, la récente Politique de la réussite éducative identifie clairement le parent comme le premier éducateur de son enfant.  Elle fait mention qu’il doit, entre autres, souligner les bons coups et les efforts ainsi qu’adopter une attitude positive face à l’éducation.  Les parents sont donc, depuis toujours, des acteurs incontestés de la réussite scolaire; ils doivent faire partie de l’équation.

De la même façon, l’auteur de l’article conclut en mentionnant qu’au-delà des traits de caractère qu’a chacun des élèves, leur sentiment de compétence serait fortement influencé par les relations significatives qu’ils entretiennent, notamment avec les enseignants.  C’est précisément là que le pouvoir de l’effet enseignant m’interpelle, me fascine, m’éblouit.  Bien sûr, la Politique de la réussite éducative identifie la relation enfant-éducatrice [sic] ou maître-élève comme étant au cœur du développement global ou du cheminement scolaire de l’enfant, mais en avons-nous réellement conscience?  Mesurons-nous tout l’impact que peuvent avoir les intervenants scolaires, peu importe leur rôle auprès de l’élève, peu importe le temps passé auprès des élèves dans une journée.  Un sourire, un mot, un geste peut parfois faire toute la différence.  Rien ne doit être minimisé quand il s’agit de l’avenir de nos enfants.  Prenons-nous tous les moyens pour entretenir une relation significative avec tous nos élèves et, ainsi, influencer positivement leur sentiment de compétence?  Sans vouloir faire la morale ou jouer à l’inspecteur, je nous invite à une réflexion, une introspection sur un enjeu d’une telle importance.

prof_aide_élève

Il y a certainement, ici, un parallèle à faire avec le classement des facteurs de réussite scolaire établi par John Hattie dans ses différentes publications de Visible Learning.  Ce n’est donc pas un hasard si, au terme de sa synthèse portant sur plusieurs centaines de méta-analyses, des facteurs comme le fait de ne pas étiqueter les élèves (not labelling students), la relation maître-élève (teacher-student relationships) et le attentes formulées (expectations) avaient respectivement, en 2015, un effet (« d ») de 0.61, 0.52 et 0.43.  En sachant cela et y repensant périodiquement, tous les enseignants sont en mesure d’influencer positivement le parcours des élèves de leurs classes.  En effet, laisser les idées préconçues sur le frère ou la sœur d’un élève qu’on a déjà eu, prendre le temps de connaître et de s’intéresser à chacun de nos élèves par différentes activités planifiées ou encore encourager la rigueur, l’effort et la notion du travail bien fait sont autant de comportements qui contribuent à augmenter le sentiment de compétence chez les élèves qui nous sont confiés.  Cependant, rien de tout ça n’est automatique ou garant de succès.  Cent fois sur le métier… me disait ma mère quand j’étais tout petit.

 

En éducation, nous devons, humblement, admettre que l’Œuvre est plus grande que nous.  Nous devons aussi réaliser, mais surtout accepter, que notre pouvoir est limité et partagé.  Qu’à cela ne tienne, l’influence qu’exercent les intervenants des écoles est grande et ne doit pas être sous-estimée ou minimisée.  Elle contribue directement à développer le sentiment de compétence de nos élèves qui, dans bien des cas, fait une différence non négligeable dans leur parcours, voire leur réussite.  Croire en nos élèves, tous nos élèves, est ainsi bien plus qu’un beau slogan.  Rosenthal avait donc raison pour son effet Pygmalion…

 

Pourquoi les étoiles brillent-elles ?

Rassurez-vous, je ne parlerai pas de physique nucléaire ni d’astronomie dans les prochaines lignes.  En ce début de semaine où on reconnaît et valorise la profession enseignante au Québec, je désire plutôt rendre hommage à ceux qui, jour après jour au cours d’une année scolaire, offrent le meilleur d’eux-mêmes aux élèves qui leur sont confiés.  J’écris ce billet en pensant d’abord à mon équipe, mais aussi aux enseignants¹ de mes deux fils.  Je salue au passage tous les autres que j’ai côtoyés, d’abord comme enseignant, puis comme directeur.

Five stars rating

 

Tout comme une étoile brille grâce à l’énergie lumineuse libérée lors du processus de fusion nucléaire, l’enseignant rayonne quand certains éléments et diverses compétences sont présents.  Je pense d’abord ici à la passion qui l’anime.  On l’a lu la semaine dernière, ne devient pas enseignant, un bon enseignant, qui veut.  Une étoile peut briller à 3000 K ou à 50 000 K.  C’est la même chose en éducation.  On peut gérer une classe, sans plus, mais on peut aussi créer un contexte, un climat, une relation afin de sortir le meilleur de nos élèves et les amener à se dépasser. À l’instar de la voûte étoilée que nous laisse découvrir un ciel dégagé, il y a plusieurs enseignants qui brillent !  Certains dès leur début de carrière, d’autres après quelques années d’expérience.  Puis, comme les amas d’étoiles qui forment des galaxies ou des constellations, les enseignants se regroupent et s’organisent pour briller davantage.  Mais pourquoi les étoiles brillent-elles ?  Pourquoi nos enseignants rayonnent-ils autant ?

• Parce que, quotidiennement, ils font preuve d’abnégation en faisant passer l’élève en premier, en ne comptant pas leur temps et parfois même leur argent.

• Parce qu’ils cherchent à comprendre chacun de leurs élèves, à les accepter avec leurs limites ou difficultés et offrir les adaptations nécessaires pour favoriser le développement de leur plein potentiel.

• Parce qu’ils sont créatifs et imaginatifs dans les situations d’apprentissage qu’ils créent ou adaptent pour leur enseignement.

• Parce qu’ils accordent autant d’importance à la matière qu’à la relation qu’ils créent avec les élèves.

• Parce que leur dynamisme et leur enthousiasme sont débordants, même dans les journées les plus difficiles.

• Parce qu’ils sont engagés dans une démarche professionnelle de formation continue afin d’être à l’affût des nouvelles données de recherches, des techniques et méthodes récentes ou tout simplement pour compléter leur formation initiale.

• Parce que, sans toujours le réaliser ou en prendre toute la mesure, ils inspirent les élèves qui leur sont confiés et influencent le cours de leur vie.

Comme une étoile ne se reconnaît pas qu’à sa couleur ou sa température, un enseignant ne se définit pas qu’à ce qui précède.  Enseigner tient souvent de l’intangible (Meredith, 1950).  Être enseignant est une tâche à la fois complexe et subtile.  Ouf !

Bravo et merci à toutes nos étoiles de l’enseignement !  Continuez à briller comme vous le faites tous les jours !

Bonne semaine des enseignants !

 

______________________________

¹ Même si je sais qu’il y a définitivement plus de femmes que d’hommes qui œuvrent en éducation au Québec (Statistiques MEES, p.85), le masculin est seulement employé en conformité avec les règles de la langue française.