Voir grand pour nos élèves!

Nous sommes en pleine relâche et nous amorcerons le dernier droit de l’année scolaire dans quelques jours.  Toutes les communautés éducatives, toutes les écoles et tous les intervenants encourageront les élèves à redoubler d’efforts pour terminer l’année en force, pour viser les meilleures notes – surtout depuis que la troisième et dernière étape vaut 60% de la note finale.  Évidemment!  Sans quoi il serait mal vu, mais surtout contraire à l’éthique professionnelle, d’agir autrement.  Toutefois, est-ce qu’une question d’éthique, de conscience professionnelle?  Il faut savoir que le sentiment de compétence de nos élèves joue un rôle majeur dans leur réussite, même ceux pour qui on sait déjà que le sort en est jeté.  C’est justement pour ces derniers qu’il faut lire ce qui suit…

 

Je parcourais récemment un article qui relatait les travaux de la professeure Thérèse Bouffard et, encore une fois, je prenais conscience de tout le pouvoir de l’effet enseignant.  J’ai beau l’avoir déjà rencontrée, assisté à une de ses présentations sur le sujet, écouté un reportage sur ses travaux ou lu quelques articles sur le sentiment d’efficacité personnelle, je suis toujours aussi impressionné par les conclusions de Madame Bouffard.  Pour illustrer un des faits les plus surprenants de sa recherche j’emploierai une expression empruntée à un des personnages de la série Les boys : « la dureté du mental ».  En effet, la professeure de l’UQAM, au terme de l’analyse de ses données recueillies sur près de 1000 élèves du primaire, en arrive à la conclusion suivante au sujet de la portée d’un sentiment de compétence fort :

« … ceux qui se pensent meilleurs que ne l’indiquent leurs tests d’habiletés mentales, … à potentiel égal, réussissent effectivement mieux que les autres en français et en mathématiques »

En outre, Madame Bouffard révèle que le rôle de ce sentiment de compétence semble beaucoup plus prononcé pour les élèves du secondaire.  Elle en arrive même à conclure que cette mesure de perception de compétence prédit trois fois mieux le rendement scolaire que celle des habiletés mentales.

L’article fait aussi mention du rôle des parents dans ce phénomène : l’importance de leur propre sentiment de compétence sur celui de leurs enfants ainsi que l’influence de leur style d’éducation parentale.  D’ailleurs, la récente Politique de la réussite éducative identifie clairement le parent comme le premier éducateur de son enfant.  Elle fait mention qu’il doit, entre autres, souligner les bons coups et les efforts ainsi qu’adopter une attitude positive face à l’éducation.  Les parents sont donc, depuis toujours, des acteurs incontestés de la réussite scolaire; ils doivent faire partie de l’équation.

De la même façon, l’auteur de l’article conclut en mentionnant qu’au-delà des traits de caractère qu’a chacun des élèves, leur sentiment de compétence serait fortement influencé par les relations significatives qu’ils entretiennent, notamment avec les enseignants.  C’est précisément là que le pouvoir de l’effet enseignant m’interpelle, me fascine, m’éblouit.  Bien sûr, la Politique de la réussite éducative identifie la relation enfant-éducatrice [sic] ou maître-élève comme étant au cœur du développement global ou du cheminement scolaire de l’enfant, mais en avons-nous réellement conscience?  Mesurons-nous tout l’impact que peuvent avoir les intervenants scolaires, peu importe leur rôle auprès de l’élève, peu importe le temps passé auprès des élèves dans une journée.  Un sourire, un mot, un geste peut parfois faire toute la différence.  Rien ne doit être minimisé quand il s’agit de l’avenir de nos enfants.  Prenons-nous tous les moyens pour entretenir une relation significative avec tous nos élèves et, ainsi, influencer positivement leur sentiment de compétence?  Sans vouloir faire la morale ou jouer à l’inspecteur, je nous invite à une réflexion, une introspection sur un enjeu d’une telle importance.

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Il y a certainement, ici, un parallèle à faire avec le classement des facteurs de réussite scolaire établi par John Hattie dans ses différentes publications de Visible Learning.  Ce n’est donc pas un hasard si, au terme de sa synthèse portant sur plusieurs centaines de méta-analyses, des facteurs comme le fait de ne pas étiqueter les élèves (not labelling students), la relation maître-élève (teacher-student relationships) et le attentes formulées (expectations) avaient respectivement, en 2015, un effet (« d ») de 0.61, 0.52 et 0.43.  En sachant cela et y repensant périodiquement, tous les enseignants sont en mesure d’influencer positivement le parcours des élèves de leurs classes.  En effet, laisser les idées préconçues sur le frère ou la sœur d’un élève qu’on a déjà eu, prendre le temps de connaître et de s’intéresser à chacun de nos élèves par différentes activités planifiées ou encore encourager la rigueur, l’effort et la notion du travail bien fait sont autant de comportements qui contribuent à augmenter le sentiment de compétence chez les élèves qui nous sont confiés.  Cependant, rien de tout ça n’est automatique ou garant de succès.  Cent fois sur le métier… me disait ma mère quand j’étais tout petit.

 

En éducation, nous devons, humblement, admettre que l’Œuvre est plus grande que nous.  Nous devons aussi réaliser, mais surtout accepter, que notre pouvoir est limité et partagé.  Qu’à cela ne tienne, l’influence qu’exercent les intervenants des écoles est grande et ne doit pas être sous-estimée ou minimisée.  Elle contribue directement à développer le sentiment de compétence de nos élèves qui, dans bien des cas, fait une différence non négligeable dans leur parcours, voire leur réussite.  Croire en nos élèves, tous nos élèves, est ainsi bien plus qu’un beau slogan.  Rosenthal avait donc raison pour son effet Pygmalion…

 

Quand Pygmalion rencontre Hattie

Je lisais, il y a quelques jours, un billet portant sur l’effet Pygmalion et je ne pouvais m’empêcher de penser à l’effet enseignant.  Qu’on le veuille ou non, se voir confier un groupe d’élèves, qu’ils soient d’âge préscolaire ou même du secondaire, comporte son lot de responsabilités ainsi qu’un pouvoir trop souvent minimisé, voire ignoré.

 

L’auteur faisait alors référence à l’expérience menée, dans les années 60, par le psychologue Robert Rosenthal où des enseignants avaient été informés que certains élèves étaient, suite à l’analyse des résultats de tests d’intelligence, susceptibles de démontrer une progression spectaculaire au cours de l’année scolaire.  Alors que, dans les faits, rien ne les distinguait réellement de leurs pairs sur le plan des facultés intellectuelles, leurs résultats aux mêmes tests administrés en fin d’année démontrèrent une progression anormalement élevée, particulièrement pour les plus jeunes (1re et 2e années).

Father Helping Daughter With Homework

Que faut-il comprendre de cette expérience ?  Comme je l’écrivais plus haut, cette lecture me rappelait certaines des conclusions de Hattie.  À mon avis, l’effet Pygmalion peut aujourd’hui être associé :

  • au fait de ne pas étiqueter les élèves (d = 0,61);

En effet, il semble que le bénéfice plus marqué chez les petits (6-8 ans) soit attribuable au fait que les enseignants impliqués dans l’expérience ne pouvaient pas vraiment avoir d’idée préconçue puisque ces élèves n’avaient qu’un très court historique scolaire.  Par opposition, la même expérience menée avec des élèves de 5e ou 6e année s’est avérée moins concluante (une progression tout juste moins grande que celle de leurs pairs pour le « doués » de 5e et une plus faible pour ceux de 6e).  Et si Rosenthal avait fait l’inverse en « identifiant » les élèves les moins susceptibles de connaitre une progression intéressante pendant une année scolaire ?  Auraient-ils régressé ?  C’est là, avec un tel corollaire, qu’on saisit toute la puissance de l’effet enseignant.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »

Mark Twain

  • à la qualité des relations enseignant-élève (d = 0,52);

À l’instar de Rosenthal, d’autres chercheurs ont démontré que la différence dans la progression des élèves identifiés comme « doués » ne dépendait pas du temps passé avec eux, mais plutôt de la qualité des interactions qu’ils avaient avec leur enseignant.  Par exemple, de façon plus ou moins consciente, ce dernier leur souriait plus fréquemment, avait plus de contacts visuels avec eux et hochait de la tête plus régulièrement.

  • ou encore aux attentes d’un enseignant envers ses élèves (d = 0,43).

Rosenthal expliqua que l’opinion d’un enseignant au sujet d’un enfant qu’il croit « doué » influence directement son attitude envers lui.  L’élève se sentira plus en confiance, sera davantage motivé, fournira plus d’efforts dans son travail et progressera mieux.  Toujours selon Rosenthal, cet effet Pygmalion se joue au niveau de l’inconscient et du langage du corps pour l’enseignant ; la posture ou le ton de voix peuvent alors influencer l’enfant et lui induire une image positive qui fera la différence au niveau de la progression dans ses apprentissages.

De mon côté, je relierais cette explication à ce que la professeur Thérèse Bouffard appelle aujourd’hui le sentiment d’efficacité personnelle (SEP).  Un des besoins fondamentaux de l’humain, et l’élève n’y échappe pas, consiste à se sentir compétent pour agir efficacement dans son environnement.  Ainsi, la croyance de la personne en sa capacité d’organiser et d’exécuter les actions qui sont requises pour atteindre les objectifs fixés et produire les résultats recherchés dans la tâche est déterminante pour un élève.  L’enseignant a donc un rôle crucial à ce niveau ; il doit, en plus de croire en ses propres capacités, croire en celles de ses élèves pour leur assigner des buts clairs, stimulants et atteignables.

« Un homme qui doute de lui est comme un homme qui s’enrôlerait dans l’armée ennemie pour porter une arme contre lui-même. Par sa conviction d’échouer, il rend cet échec certain. »

Alexandre Dumas, fils

 

Malgré le fait que l’effet enseignant soit aussi le résultat de quelques autres facteurs d’influence, il reste qu’un intervenant scolaire (enseignant, éducateur, professionnel de la consultation, directeur) ne devrait jamais minimiser son impact sur le parcours d’un élève.  Travailler à refléter une image positive de nos élèves et s’efforcer de protéger leur SEP font partie de notre rôle.  À nous d’y voir !

 

Les résolutions de la rentrée

Me voici de retour !  Il y a maintenant plus de trois mois que j’ai publié mon dernier billet sur ce blogue.  Je pourrais invoquer toutes sortes de raisons : la fin d’année scolaire et ses multiples événements ou échéances, le recrutement de personnel et tout ce qui en découle, d’intenses démarches liées à un projet d’envergure, …  La vérité c’est que la fatigue accumulée et l’arrivée du beau temps m’ont gardé loin de mon ordinateur.  Cela dit, et c’est précisément le sujet de ce billet, j’ai très hâte de retourner à l’école pour reprendre le boulot !

C'est la rentree (meaning Back to schoo in french) written on a black board background with a wave of colorful wooden pencils

Avec l’arrivée du mois d’août vient le retour des pêches de l’Ontario, des allergies saisonnières dues à l’herbe à poux, des annonces à propos de la reprise des téléromans, des épluchettes de blé d’Inde, mais aussi les différents messages à propos du retour à l’école.  On les entend quotidiennement, on les voit partout ; on ne peut les nier.  C’est un peu comme les phases de la lune, les marées ou les saisons ; ça revient avec une régularité déconcertante !  Certains diront que c’est trop tôt pour en parler, d’autres essaieront de la nier ou de la repousser aussi loin que possible, mais elle arrivera bien cette journée, à la fin du mois d’août, où la porte de tous les établissements s’ouvrira pour démarrer une nouvelle année scolaire.  Aussi bien s’y préparer, tranquillement s’il le faut, mais dès maintenant !

 

Enfant, adolescent ou adulte, j’ai toujours aimé l’école.  Ce n’est probablement pas étranger au fait que je ne l’ai jamais quittée, que j’y suis encore pour gagner ma vie et que j’y serai jusqu’à ma retraite.  J’ai toujours aimé le défi que posait la nouvelle année scolaire.  Au-delà du fait que je retrouvais mes copains, que je découvrais mes nouveaux enseignants, que je faisais de nouveaux apprentissages, que je m’engageais dans des projets inusités ou de nouvelles activités, j’ai toujours apprécié le fait qu’on pouvait repartir à zéro, se fixer de nouveaux objectifs ou encore améliorer certains comportements.  Comme si on pouvait toujours recommencer pour faire mieux.  Du moins, c’était l’objectif…  Aujourd’hui, je comprends que j’ai eu la chance d’avoir des parents qui valorisaient l’éducation et qui m’ont toujours soutenu à travers ma scolarité.  Je saisis aussi toute l’importance de la qualité des écoles que j’ai fréquentées et de l’engagement de la plupart des enseignants que j’ai croisés.  C’est, sans aucun doute, ce que Hattie appellerait des facteurs d’influence (d > 0.30).

 

Mais revenons à mon rapport à la nouvelle année scolaire.  Alors que plusieurs de mes camarades de classe du primaire, bon nombre de mes amis du secondaire et même, plus récemment, certains de mes collègues de travail étaient pris d’un réel malaise les jours précédant la rentrée, j’ai toujours vécu positivement mes derniers jours du congé estival.  Inconsciemment (ou consciemment ?!?), ce nouveau départ me permettait de prendre des résolutions face à moi-même, au travail à accomplir dans les prochains mois ainsi qu’aux comportements à adopter ou à améliorer pour favoriser ma réussite.  Quelle chance !  Je pouvais me faire (une fois de plus – si on compte les résolutions du Nouvel An) des promesses pour amorcer l’année scolaire du bon pied.  Pas important de savoir combien de temps j’allais les tenir ; j’étais positif face à moi-même et à l’école !  J’entrevoyais la rentrée comme une occasion de faire mieux que l’année scolaire précédente, une occasion pour me dépasser (j’ai toujours été compétitif).  Sans vous donner tous les détails, de toutes ces années passées sur les bancs d’école, je peux simplement vous dire, à l’instar des résolutions du Nouvel An, que ça ne durait pas toujours.  Qu’à cela ne tienne, ça m’a au moins permis de vivre sereinement toutes ces rentrées scolaires.

 

Aujourd’hui, comme adulte, enseignant ou même directeur d’école, c’est la même chose.  Sans prendre formellement des résolutions, je me fixe des objectifs.  À partir des résultats de l’année précédente, de mes attentes, de nouvelles idées, de défis personnels, …  Voilà pourquoi j’aime toujours autant l’arrivée du mois d’août et de sa fièvre du retour à l’école.  Je vois encore et toujours une occasion de mieux faire, un challenge avec moi-même.  Je crois donc véritablement que c’est une chance que nous avons, acteurs du système scolaire, d’avoir une pause estivale qui permette une réelle séparation entre deux années scolaires et, ainsi, un renouveau chaque mois d’août.  À vous de saisir cette occasion pour formuler vos résolutions de la rentrée !

Le verre à moitié plein

J’écris ce billet en réaction à l’article paru hier matin sous la plume de Mario Dumont.  Je n’ai alors pu m’empêcher de réagir brièvement sur Twitter, 140 caractères obligent, en mentionnant « C’est vrai, mais il y a aussi de belles histoires… Et celles-là, on les entend rarement. ».  Je m’expliquerai plus bas, mais ce qui m’irrite dans des textes de ce genre c’est la rapidité avec laquelle une ombre peut être portée sur tout un système et ses acteurs, sans égard aux bons coups, même aussi peu nombreux qu’on puisse les imaginer.

Nuançons d’abord un peu

Je laisse volontairement l’aspect politique et la partisanerie de côté pour affirmer qu’il est vrai que ce qu’identifie monsieur Dumont comme des slogans peut sonner faux par moments.  Cela dit, plusieurs écoles ou commissions scolaires ont de pareilles formulations dans leurs énoncés de vision et je suis convaincu que c’est fondé autant que c’est senti.  Quand on décide de travailler en éducation, c’est d’abord pour l’élève.  Les mauvaises langues prétendront que c’est pour les vacances et ceux qui ignorent tout des conditions de travail du milieu de l’éducation diront que c’est pour le salaire.  Absolument pas!  C’est pour l’élève que tant d’enseignants, d’éducateurs, d’orthopédagogues, de secrétaires, de directeurs, de psychologues, de conseillers en orientation et j’en passe, se lèvent chaque matin et travaillent si fort à leur offrir le meilleur.

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Le meilleur avec, parfois, si peu à notre disposition.  Le meilleur qu’on nous permet dans le cadre mis en place et l’autonomie relative qui l’accompagne…  Je vous le dis, il se fait de petits miracles dans notre système d’éducation!  Alors quand, dans son article, monsieur Dumont parle des « plus chanceux qui croiseront sur leur parcours une personne précieuse… qui placera vraiment l’élève au centre de ses priorités », les chanceux sont plus nombreux qu’on le rapporte!

« Ce qui m’irrite dans des textes de ce genre c’est la rapidité avec laquelle une ombre peut être portée sur tout un système et ses acteurs, sans égard aux bons coups, même aussi peu nombreux qu’on puisse les imaginer. »

Par ailleurs, je plains moi aussi les nombreux parents qui cognent à toutes les portes afin d’obtenir des services pour leur enfant qui souffre, parfois depuis longtemps, sur le plan des apprentissages et/ou sur le plan du fonctionnement.  Qu’il s’agisse de la direction de l’école, du député ou même du protecteur de l’élève (à qui on attribue de grandes vertus ces jours-ci…), personne n’a cette capacité de faire apparaître des professionnels, surtout pas avec les budgets consentis par l’État ces années-ci.  J’écris faire apparaître comme si c’était des magiciens, mais c’est parfois ce qu’on attend d’eux : les besoins sont grands et les ressources plutôt restreintes. Ce sont souvent les cas prioritaires qui bénéficient des services disponibles alors que dans d’autres situations on « saupoudre » à l’ensemble de la clientèle.  Mais on voudrait que l’école en fasse toujours plus dans un contexte limité.  Magie!  Néanmoins, je sais qu’il existe des pratiques qui sont mises de l’avant dans différents milieux et qu’elles ont des effets positifs sur tous les élèves, même ceux en attente d’un diagnostic ou de services spécialisés.  Je ne prétends pas ici qu’on doive se fier uniquement sur les initiatives des écoles et, ainsi, mettre une pression supplémentaire sur le personnel en place, mais je ne crois pas non plus qu’on doive demander systématiquement une évaluation professionnelle, un diagnostic et des services spécialisés pour chacun des élèves qui montrent le moindre signe de différence ou de difficulté.  Par exemple, le décloisonnement hebdomadaire des classes d’un niveau avec la participation de l’orthopédagogue devrait permettre à 95% des élèves de trouver leur compte.  N’est-ce pas ce que le modèle RAI nous enseigne?  Par ailleurs, le fait d’équiper systématiquement nos classes de quelques vélos pupitres et de stations de travail vertical, de coquilles antibruit, de ballons suisses, d’horloges Time Timer, de patins antibruit pour les pupitres et les chaises, … est un autre exemple qui pourrait certainement permettre d’accommoder une grande majorité d’élèves, diagnostiqués TDA/H, ou non.  Ces deux exemples existent réellement.  Pas que dans deux ou trois écoles au Québec!  Pas que dans les écoles privées!  Et je ne parle même pas ici du controversé libre recours, pour tous les élèves, aux différents outils technologiques en situation d’écriture…  Je ne veux surtout pas, par ces quelques exemples, minimiser l’importance de l’évaluation par un professionnel dans certains cas ou la plus-value des services qu’ils peuvent offrir aux élèves ayant des besoins.  Je ne veux pas non plus réduire à sa plus simple expression l’aide à apporter à ces derniers ou banaliser la gestion des difficultés vécues dans la salle de classe.  Je souhaite tout simplement mettre en relief qu’il y a actuellement, malgré ce contexte d’austérité, plusieurs mesures préventives qui sont mises de l’avant par des enseignants ou des équipes-école et qui rejoignent une grande proportion d’élèves.  C’est souvent lorsque les adaptations à mettre en place deviennent plus spécifiques que la situation se complique pour un enseignant dans le rôle qu’il joue face à un élève.  De la même façon, il y a une limite à l’aide qu’il peut apporter à ce même élève pour combler le vide de services.

Une piste de solution

Je pourrais parler ici de l’urgence d’injecter des fonds supplémentaires dans le système, d’accorder une plus grande autonomie dans l’administration de ces sommes pour l’organisation des services par les écoles, d’exiger l’admission d’EHDAA au secteur privé en octroyant un financement adéquat, mais j’énoncerais des idées maintes fois avancées par des acteurs du système d’éducation, même certains spectateurs…  Ce n’est pas que je n’y crois plus.  Au contraire!  Mais j’adhère davantage à une solution qui relève du travail d’équipe.  Pourquoi ne pas permettre le recours aux professionnels des bureaux privés en plus de ceux de nos organisations?  Pourquoi ne pas former différemment les enseignants?

Pourquoi?  Parce qu’un élève présentant un trouble modéré du langage, même dûment diagnostiqué par un orthophoniste, ne pourra obtenir un code difficulté (l’atteinte doit être sévère au plan expressif ET de modérée à sévère au plan réceptif) et, par conséquent, le financement nécessaire pour la mise en place de services spécialisés.  Est-ce à dire qu’il n’a pas besoin de rééducation au plan langagier?  Aucunement.  C’est précisément là, sans l’obligation d’un code de difficulté pour bénéficier d’un certain financement à gérer de façon autonome par l’école, qu’on pourrait penser, si le professionnel n’est pas disponible en scolaire, à recourir aux services du privé.  Est-ce à dire qu’il n’est pas à risque de présenter des difficultés d’apprentissage?  Aucunement.  Probablement que l’orthopédagogue sera interpellé, mais c’est tout de même avec ses enseignants que cet élève passera la grande majorité de son temps à l’école.  Des enseignants qui ont seulement très peu de notions (ou même aucune pour d’autres) sur les difficultés ou troubles spécifiques.  Pourtant, Hattie énonce clairement que la compréhension des difficultés d’apprentissage (Interventions for learning disable) est un des résultats les plus probants (d = 0,77) de sa méta-analyse.  Ainsi, en prévoyant quelques cours obligatoires en adaptation scolaire dès le baccalauréat, puis un certain nombre à suivre en formation continue par la suite, on pourrait croire que la pratique des enseignants ne s’en trouverait qu’améliorée et leurs méthodes encore mieux adaptées aux élèves présentant des difficultés.

Vous aurez donc saisi que je ne suis pas tout à fait d’accord avec monsieur Dumont quand il prétend que « le Québec réserve un sort lamentable à ses enfants en difficulté ».  Est-ce qu’on peut faire mieux?  Absolument!  Cependant, là où je le rejoins dans mon propos c’est que, pour y arriver, on devra faire bouger les choses.  Parce que quand on parle d’éliminer la notion de code de difficulté pour avoir accès au financement, d’accorder à l’école une plus grande autonomie dans sa gestion budgétaire, de recourir à des professionnels en pratique privée et de les rémunérer pour des services offerts à nos élèves, d’ajuster le curriculum universitaire ou d’exiger une certaine formation continue on fait clairement référence à des changements majeurs dans notre système.  En attendant, je reste optimiste et confiant face à la Politique sur la réussite éducative du ministre Proulx.  Peut-être parce que, comme plusieurs de mes collègues du monde de l’éducation, j’ai souvent tendance à voir le verre à moitié plein…

Une des clés de la persévérance scolaire

En cette fin de la plus récente édition des journées québécoises de la persévérance scolaire (JPS), je prenais conscience de la quantité de nouvelles relativement à des initiatives en ce sens et je réalisais combien de messages d’encouragement et d’annonces d’acteurs de toutes sortes – du ministre de l’Éducation au propriétaire d’une entreprise ayant quelques étudiants à l’emploi de sa PME – étaient apparus sur mon fil Twitter au cours de la dernière semaine.

De la crédibilité de l’enseignant

Malgré le désormais célèbre proverbe africain « Il faut tout un village pour éduquer un enfant », on parle tout de même des journées de la persévérance scolaire.  Quiconque aura eu la chance d’étudier le latin saura que schola réfère directement à l’école, à la classe, donc à l’enseignant.  L’enseignant.  Encore et toujours l’enseignant!  Même si le rôle des parents dans la réussite scolaire est indéniable, qu’on reconnaît aussi que les décisions prises par les instances scolaires ou, plus près de l’élève, celles prises par la direction de l’école peuvent être déterminantes sur un enjeu comme celui du décrochage ou, finalement, que les effets de la mobilisation d’une communauté influencent directement l’avenir des jeunes, c’est à l’enseignant que revient le premier rôle des acteurs réunis autour d’un élève.  Ainsi, sans rien enlever aux différents protagonistes de la réussite scolaire, l’effet enseignant prend ici, une fois de plus, tout son sens.  L’effet positif il va sans dire!  On connaît tous des histoires d’horreur, mais ce ne sont évidemment pas celles-là qui m’intéressent ou qui retiennent mon attention.

Cela dit, pour avoir un effet enseignant favorisant la réussite, certains facteurs ont plus d’impact que d’autres.  Bien sûr, il y a la relation enseignant-élève dont j’ai déjà parlé dans un autre billet, mais il y a aussi la crédibilité qu’accorde l’élève à son enseignant.  En effet, les conclusions de la méta-analyse menée par Hattie ont, depuis 2011, révélées que la crédibilité de l’enseignant influence grandement (d = 0,90) la réussite scolaire.  On pourrait croire au caractère purement subjectif de cette donnée puisqu’il s’agit de la mesure d’une qualité attribuée par l’élève, mais il en est tout autrement.  Bien installée dans le « top 10 » des éléments répertoriés par Hattie, ce dernier ne définit pas la crédibilité comme le ferait le Larousse ou le Robert, mais bien selon quatre éléments qui doivent être omniprésents dans la pratique des enseignants reconnus comme crédibles par leurs élèves : la confiance, la compétence, le dynamisme et la proximité.  Le dernier élément faisant référence, selon la traduction de Stéphane Côté, à la « présence physique » de l’enseignant dans la classe ainsi qu’à « l’aide que l’élève perçoit recevoir lorsqu’il en a de besoin ».  Qu’on soit plus ou moins en accord avec cette définition et/ou son usage dans le classement des facteurs favorisant la réussite, nous avons probablement tous déjà vécu une situation, scolaire ou non, où nous avons persévéré grâce à une personne à qui on accordait, même inconsciemment, une forme de crédibilité.  Tel un athlète avant la finale olympique, on a confiance en nos capacités et on sait combien de fois on a répété ce qu’on s’apprête à faire ou combien d’heures d’entraînement nous ont mené ici.  Malgré tout, on a besoin de notre entraîneur, de l’expression de sa crédibilité; remarquer sa présence, être rassuré par sa compétence, sentir sa confiance et être motivé par son dynamisme.  Donc, à bien y penser, les résultats de Hattie trouvent un réel écho dans la classe…

Prendre conscience de notre impact

Pour en revenir aux JPS, il a toujours été clair pour moi (et ça l’est maintenant davantage) que les enseignants ou le personnel d’une école (éducateurs, professionnels, personnel de soutien, membres de la direction) ont une large part de responsabilité dans la persévérance et la réussite des élèves.  Une part parfois plus grande que celle qu’on peut imaginer ou celle qu’on s’attribue.  Et loin de moi l’idée de mettre de la pression sur les acteurs du système (moi inclus)!  Cependant, il ne faut pas minimiser, voire nier, l’importance de notre rôle auprès des élèves qui nous sont confiés.  Un geste, un mot, un regard…  Une seconde, une minute, une période…  C’est parfois tout ce qu’il faut pour créer le lien, influencer positivement et exercer sa crédibilité auprès d’un élève.  Le reste ne dépend pas toujours de nous, mais l’inverse est moins vrai.

photosourireUn geste, un mot, un regard…  Une seconde, une minute, une période…  C’est parfois tout ce qu’il faut pour créer le lien, influencer positivement et exercer sa crédibilité auprès d’un élève.

Il faut donc s’arrêter 2 minutes pour prendre conscience de l’impact et du pouvoir qu’on peut avoir sur l’apprentissage, le développement, l’orientation scolaire ou même le choix de carrière d’un enfant.  Ça peut donner le vertige à certains, mais c’est un pouvoir que nous nous devons d’exercer avec tout le professionnalisme qu’on nous reconnaît.  Faire de l’école une expérience positive, développer le plein potentiel et influencer pour l’avenir, voilà ce qui résume nos défis quant à la persévérance scolaire. Cela dit, une foule d’exemples se trouvent près de nous (j’en lisais encore un autre ce matin) en ce qui concerne de belles histoires où l’influence d’un enseignant, d’un éducateur, d’un animateur, d’un entraîneur, … fut déterminante dans la vie d’un jeune, aujourd’hui devenu un adulte accompli.  Continuons et ajustons nos pratiques en fonction de ce qui est reconnu et réputé efficace au niveau de la réussite scolaire.

La persévérance scolaire c’est l’affaire de tous, mais souvenons-nous que ça débute en classe et, à ce titre, qu’il nous appartient de prendre les bons moyens afin de s’assurer de viser les meilleurs résultats pour nos élèves.