La COVID-19 ou l’exacerbation du savoir improviser

À l’heure des bilans, comme on le fait souvent en fin d’année civile, je repense à tout ce qu’on a vécu depuis le mois de janvier dernier et plus particulièrement à partir du 12 mars.  Ça ne devait durer que deux semaines qu’ils disaient…  Quels bouleversements incroyables dans le quotidien des enseignants !  Quel chambardement au niveau des pratiques éducatives connues depuis fort longtemps !  Qu’il s’agisse de l’enseignement ou de l’évaluation, la plupart des repères ayant servi jusque-là se sont évanouis du jour au lendemain.  Exit la routine, les vieilles habitudes ainsi que les sentiers balisés !  Idem pour les directions d’établissement et combien d’autres membres du personnel de nos écoles.  Le contexte pandémique totalement inconnu, voire même surréel, imposait alors de nouvelles règles qui généraient chacune leur lot de défis et d’incertitudes.  Le travail du monde scolaire, particulièrement celui des enseignants, avait un tout autre visage.

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L’effet enseignant réfère à l’influence, parfois sans trop le savoir ou le réaliser, qu’un enseignant ou un autre membre du personnel d’une école exerce sur l’apprentissage, le développement et la réussite des élèves qu’on lui confie.  Ce travail est loin de se limiter à maîtriser un contenu et à le diffuser tout assurant une saine gestion de la classe.  Non, c’est beaucoup plus que cette vision mécanique de la chose.  Beaucoup plus !

C’est en lisant un court article signé par le professeur Jean-Pierre Pelletier portant sur le savoir improviser que j’ai réalisé combien la capacité à improviser des enseignants ainsi que la créativité étaient au cœur de l’acte professionnel, comment elles influençaient positivement l’effet enseignant.  Combinées l’une à l’autre comme deux ingrédients essentiels d’une recette, elles se sont avérées vitales depuis mars dernier.  En effet, quiconque s’est déjà vu confier un groupe sait combien le climat de classe qu’il instaure, les stratégies éducatives qu’il met en œuvre et les liens qu’il entretient avec les élèves sont déterminants pour « ouvrir la porte de l’apprentissage » chez chacun d’entre eux.  Ce n’est d’ailleurs pas étonnant que 10 des 16 premiers facteurs ayant une très grande influence (« d » ≥ 0,80) selon le classement de Hattie se rapportent directement à l’enseignant, aux méthodes d’enseignement ou encore aux stratégies pédagogiques.

« La gestion de classe, c’est en bonne partie la gestion des imprévus.  Et la profession d’enseignant en est remplie au quotidien !  Qu’ils soient novices ou expérimentés, les enseignants improvisent d’innombrables fois par jour, que ce soit devant un élève en crise de panique, une alarme de feu, une guêpe sur un bureau, une question volontairement embêtante, un bris d’équipement…  Devant ces situations, l’enseignant doit rehausser sa vigilance et sa créativité.  Il passe en « mode improvisationnel », ce qui lui permet de voir la situation autrement et de transformer l’imprévu en potentialité. »

Gérer sa classe en temps de COVID : le savoir improviser au secours des enseignants

Le Soleil, édition numérique, 13 décembre 2020

Ainsi, le défi pas toujours évident à relever en présentiel pour plusieurs enseignants s’est vite complexifié lors du long confinement ou encore avec toutes les mesures sanitaires imposées (à juste titre) lors de la rentrée de septembre.  Comment maintenir une relation personnalisée et positive avec chacun de nos élèves à travers une caméra et un micro ?  Comment déceler les signes d’incompréhension ou d’inattention dans une mosaïque à l’écran ou encore derrière un masque ?  Comment continuer à motiver nos élèves les plus vulnérables alors que plusieurs activités scolaires originales et signifiantes ne peuvent avoir lieu ou qu’une très grande majorité des activités parascolaires sont suspendues?  Autant de questions auxquelles le réseau a été confronté depuis mars dernier et qui risquaient de miner l’effet enseignant.

Rapidement, nous avons su faire autrement.  Le nous réfère d’abord aux enseignants, mais aussi, au sens large, à mes collègues de la direction ainsi qu’au personnel de soutien.  J’emploie volontairement l’expression faire autrement pour me permettre d’insister sur l’immense créativité de certains et la grande capacité à improviser des autres.  Il fallait non seulement faire autrement quelque chose que les enseignants n’avaient jamais imaginé faire, mais il fallait en plus, pour nos élèves, aussi bien le faire qu’en classe.  En formation des maîtres on insiste sur planification adéquate et une préparation rigoureuse, mais les qualités d’improvisateur d’un enseignant se sont avérées tout aussi essentielles.  Je dirais même vitales afin de réagir rapidement désamorcer une situation, saisir une opportunité pour illustrer différemment un concept ou une notion, modifier la planification à la suite à un imprévu, etc.  C’est précisément à partir de là qu’on a vu des gens apprendre à maîtriser les possibilités d’une plateforme de visioconférence en une fin de semaine, planifier des entretiens personnalisés en marge du contenu des journées de continuité pédagogique à distance, enseigner devant la porte d’un lave-vaisselle qui servait de tableau blanc, collaborer étroitement avec les collègues sur différents aspects de la tâche ou encore explorer ensemble de nouveaux outils tant pour l’enseignement que pour la rétroaction à offrir aux élèves.  Sans que ce soit simple ou aisé pour le personnel des écoles (et je parle ici en toute connaissance de cause…), le contexte pandémique nous aura tout de même permis d’améliorer notre capacité à accepter de ne pas être en plein contrôle, à démontrer davantage de souplesse, à être créatifs sous pression ou à rebondir à partir d’une contrainte.  Ces quelques illustrations du faire autrement développé depuis mars dernier démontrent avec éloquence que la créativité, la collaboration et la capacité à improviser sont des compétences qui, bien qu’ayant toujours été utiles au monde de l’éducation, sont maintenant jugées indispensables pour plusieurs.  Rien ne sera plus comme avant…

Les derniers mois auront donc été fort différents et, comme le disait l’aventurier Frédéric Dion, « Les plus grands obstacles à nos réalisations de demain sont nos doutes d’aujourd’hui ».  Pour lui, tout le succès de ses aventures réside dans l’application et le respect des trois lois de la Nature :  l’interdépendance, la créativité et la persévérance.  Ainsi, le 12 mars dernier, nous n’avons eu ni le choix ni le temps de douter.  Nous avons été plongés, bien malgré nous, dans une épreuve hors du commun où l’histoire s’écrivait au fur et à mesure.  Qu’à cela ne tienne, c’est en faisant preuve d’une collaboration extraordinaire, en démontrant toutes nos capacités à improviser habilement tout en étant définitivement résolus à faire autrement que nous y sommes arrivés.  Nous ne sommes certainement pas au bout de nos surprises sur toute ces forces insoupçonnées ainsi que nos atouts professionnels qui pour la plupart, espérons-le, seront maintenus et réinvestis dans les prochains mois, les prochaines années.  La pandémie aura eu au moins ça de bon…

Bonne année 2021 ! Collaboration, improvisation, créativité et résilience à chacune des 52 prochaines semaines !

Des anges gardiens

Le concept s’est installé au printemps dernier et, au plus fort de la crise de la COVID-19, le Québec remerciait ses anges gardiens quotidiennement.  Les téléspectateurs qui assistaient alors à chacun des points de presse attendaient avidement que le premier ministre élise les anges gardiens du jour et leur offre ses remerciements les plus sincères.  On a alors, avec raison, largement parlé des préposés aux bénéficiaires (PAB) et on a, notamment, remercié le personnel des services d’urgence ou celui des épiceries et dépanneurs qui, disait-on, mettaient leur vie en jeu pour maintenir les services d’alimentation.  On a même vu des parades pendant lesquelles les puissants gyrophares scintillaient et les tonitruantes sirènes retentissaient.  On ne ménageait rien pour nos anges gardiens.  C’était au printemps…

Aujourd’hui, 5 octobre, la crise de la COVID-19 se poursuit.  Aujourd’hui, 5 octobre, les écoles du Québec sont ouvertes (bien que plusieurs classes soient fermées et vivent l’enseignement à distance).  Aujourd’hui, partout dans le monde, c’est une journée bien spéciale dans le monde de l’éducation ; c’est la journée mondiale des enseignant(e)s initiée par l’UNESCO en 1994.  Cette année, c’est l’occasion de mettre la profession enseignante à l’honneur dans le monde entier, de faire le point sur les progrès accomplis et de mettre l’accent sur ceux et celles qui sont au centre des efforts déployés en vue d’atteindre la cible mondiale de l’éducation : ne laisser personne de côté.  D’ailleurs, conjointement avec d’autres dirigeants d’organisations dédiées aux enfants et à l’éducation, la directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, a fait cette déclaration :

« Pendant cette crise, les enseignants ont une fois de plus fait preuve de grandes qualités de leadership et d’innovation, veillant à la #continuitépédagogique et à ne laisser aucun élève de côté.  Partout dans le monde, ils ont travaillé individuellement et collectivement pour trouver des solutions et créer de nouveaux environnements d’apprentissage pour leurs élèves, afin d’assurer la poursuite de l’enseignement.  Leurs conseils sur les plans de réouverture des établissements et le soutien qu’ils fournissent aux élèves dans le cadre du retour à l’école est tout aussi important. »

Je souhaite donc, à mon tour, souligner tout le travail qu’ils ont accompli au printemps dernier et qu’ils accomplissent depuis cette rentrée historique.  Leur engagement, leur dévouement et leur professionnalisme ont toujours été reconnus à travers les époques.  De nos jours, c’est encore plus vrai et remarqué de tous.  La rapidité avec laquelle ils se sont retournés pour assurer une continuité pédagogique à distance, la créativité démontrée pour faire autrement, la résilience manifestée devant les obstacles imposés par un nouveau contexte de travail, l’importance accordée à chacun de leurs élèves au niveau des apprentissages et la bienveillance démontrée dans différentes situations sont autant de preuves tangibles des qualités que je leur reconnais et que j’admire depuis longtemps.

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Nous voici maintenant à l’automne.  Port d’équipements de protection individuelle (EPI), nombreuses absences quotidiennes chez les élèves, nouvelles routines pour se conformer aux règles sanitaires imposées, développement accéléré de compétences technologiques, enseignement à distance, etc.  Autant de contraintes que les enseignant(e)s (et nombre d’autres catégories de personnel des écoles…) surmontent quotidiennement, au plus grand bonheur de leurs élèves, pour assurer la poursuite des apprentissages.  Autant d’arguments pour moi d’affirmer qu’ils sont de réels anges gardiens de l’éducation.  Je n’attendrai donc pas une conférence de presse de nos élus pour le clamer ou encore une démonstration populaire avec fanfare et trompettes pour l’illustrer.  Non.  Aujourd’hui, j’ai déjà toutes mes raisons pour célébrer nos anges gardiens et rendre hommage à ces femmes et ces hommes qui, par leurs actions quotidiennes, influencent les enfants qu’on leur confie.  Bonne journée mondiale des enseignant(e)s !

Il nous restera toujours les souvenirs…

Le décès récent et subit d’un collègue de travail me force, au beau milieu de mes vacances estivales, à faire quelques constats et réflexions une fois le choc passé.  Je prends donc quelques instants pour rédiger le tout et, ainsi, tenter d’exorciser le « hamster qui tourne dans ma tête » depuis 3 jours…

La vie est si fragile

Oui, Luc De LaRochelière avait bien raison dans sa chanson Si fragile parue en 1990, particulièrement populaire lors de la tenue des téléthons Enfants Soleil et toujours aussi d’actualité :

On ne choisit pas toujours la route

Ni même le moment du départ

On n’efface pas toujours le doute

La vieille peur d’être en retard

Et la vie est si fragile

Pourquoi, lui qui venait de se remettre au vélo et mordait dans la vie, a-t-il fait une sortie fatale ?  Comment un homme d’à peine 42 ans, au mitan de sa vie et apparemment en bonne forme physique peut-il succomber, sans avertissement, à un malaise cardiaque ?  Pourquoi une personne généreuse et dédiée aux autres peut-elle disparaître de façon si ingrate ?

On ne choisit pas toujours la route

Ni même le moment du départ

Autant de questions qui sont sans réponses pour moi et bien d’autres, mais qui nous rappellent comment il est important de jouir de chaque moment de la vie, comme s’il s’agissait toujours du dernier.  Un sérieux rappel sur la nécessité de profiter de la vie et de miser sur les éléments positifs qui nous entourent au lieu de s’apitoyer sur son sort et continuellement voir le verre à moitié vide.

On n’efface pas toujours le doute

La vieille peur d’être en retard

Hier, on organisait la journée dédiée aux finissants…  Demain, ç’aurait été la première rentrée tant attendue avec deux autres collègues masculins – le trio des boys de 6e année…

Et la vie est si fragile

Des témoignages qui soutiennent l’effet enseignant

Les décès sont des événements tragiques, mais les témoignages qu’ils génèrent révèlent souvent la grandeur des êtres disparus.  Celui de mon collègue n’est pas différent.  À voir les mentions et commentaires sur Facebook et tous les messages ou témoignages qui affluent par courriel, l’enseignant qu’il était en a certainement marqué plus d’un.  Nombreux ont été les anciens élèves à souligner combien il les avait influencés positivement.  Par des gestes, des regards, des paroles, des routines et combien d’autres choses qu’il accomplissait et qui, sans nécessairement le savoir ou même le vouloir, ont laissé une marque indélébile chez plusieurs de ses élèves.  C’est impressionnant le pouvoir qu’on « confie » à un enseignant alors qu’il prend en charge un groupe d’élèves.

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Être enseignant c’est d’abord faire découvrir des notions aux élèves et leur offrir des situations pour qu’ils développent des compétences, mais c’est tellement plus à la fois.  Et ça, Alexandre l’avait compris !  En effet, il ne ratait jamais une occasion pour essayer de leur inculquer des valeurs qu’il jugeait importantes, pour les inciter à développer leur autonomie et leur sens de l’organisation, pour leur transmettre sa passion pour l’histoire, …  Bref, il tentait, par différents moyens et dans différents contextes, de les inspirer.  Et c’est précisément ça qui a marqué la plupart de ses anciens élèves.  C’est de ça qu’ils se souviennent.

« Je dois une bonne partie de ma persévérance à monsieur Alexandre et je lui en serai toujours reconnaissante.  Sans le savoir, il est le genre de personne de passage dans la vie d’un élève du primaire, mais qui le marque pour très très longtemps » Emmy

Bien sûr, ils se remémorent aussi le code de correction, la méthode de résolution de problèmes, la Légion Saint-Joseph lors des récréations enneigées, … mais ce n’est pas ce dont ils témoignent quand ils pensent spontanément à leur défunt enseignant et que leurs souvenirs font surface.  Alexandre était plus que ça.

Certes, la perte de cet enseignant dévoué, impliqué, rigoureux, serviable … est tragique, mais les témoignages, messages et gestes posés depuis son décès nous auront tout de même permis de nous rappeler tout ce qu’il a accompli pour les centaines d’élèves qui lui ont été confiés durant sa carrière et l’effet qu’il aura eu comme enseignant dans leur parcours de vie.  Repose en paix Alexandre !

Il y a souvent des opportunités derrière les contraintes…

J’en étais déjà convaincu, je le suis encore plus maintenant : l’effet enseignant est une donnée capitale en éducation.  Une semaine après le début de la fermeture des écoles en cette crise de la COVID-19 et ces avis d’isolement ou de distanciation, je constate que le facteur enseignant est toujours aussi primordial dans l’acte d’enseigner.

Vous me direz sans doute que c’est évident puisqu’il faut parfois être coupé de quelque chose ou de quelqu’un pour réaliser que ça nous fait défaut ou que cette personne nous manque.  Hattie aussi nous dit la même chose par certaines des conclusions de sa recherche sur plus de 800 méta analyses (2015).   En effet, parmi les stratégies ayant le plus d’influence sur la réussite des élèves ou celles pour lesquelles il est probable qu’un enseignant ait un effet positif sur son groupe, on retrouve :

  • les rétroactions ou « feedback » (d = 0,73)
  • l’enseignement de stratégies en résolution de problèmes ou « problem solving teaching » (d = 0,63)
  • l’enseignement dirigé par l’enseignant ou « direct instruction » (d = 0,60)
  • le fait d’établir des relations positives avec ses élèves ou « teacher-student relationship » (d = 0,52)

Ainsi, l’apprentissage à distance, bien que primordial en ces temps de confinement pour garder nos élèves actifs et leur permettre de maintenir un rapport avec l’école, a ses limites.  Le lien avec l’enseignant manque à plusieurs et s’avère donc être une des clés enseignement.  C’est à ce moment que les plateformes (gratuites pour plusieurs d’entre elles) permettant la visioconférence deviennent d’excellents compléments au travail fait à domicile.  Qu’on y ait recours tout simplement pour maintenir un lien visuel et les relations avec les élèves, qu’on choisisse de l’utiliser pour l’enseignement de stratégies ou encore qu’on profite de la plateforme pour offrir de la rétroaction aux élèves, on ne peut minimiser l’effet enseignant.  Dans les circonstances, le complément offert par la visioconférence est essentiel et les enseignants devraient y avoir recours aussi souvent que possible selon l’âge de leurs élèves et le contexte propre à chaque niveau scolaire.

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Loin de souhaiter que cette crise de la COVID-19, la fermeture des écoles et les mesures de confinement qui l’accompagnent durent dans le temps, je demeure convaincu que les enseignants sauront assurer la continuité pédagogique en plus de maximiser leur effet grâce aux moyens technologiques dont ils disposent.  L’histoire est remplie d’exemples du genre où l’humanité a fait preuve d’adaptation.  Ce ne sera probablement pas parfait du premier coup, mais ayons confiance en nos moyens.  Courage !

L’essentiel est invisible…

Saint-Exupéry l’écrivait dans le Petit Prince et Stéphane Laporte en faisait le titre de sa chronique d’hier sur Laurent Duvernay-Tardif.  Non, je ne vous parlerai pas de football ou de cet athlète québécois, bien que je puisse en dire long sur la persévérance qu’il a démontrée dans son parcours scolaire ou sur son accomplissement en tant que médecin à travers toutes ces années de sport professionnel.  Non.  C’est simplement qu’en ce début de semaine de reconnaissance du travail des enseignants, le titre de Laporte m’a fait penser à tout ce que les enseignants font dans une semaine ou une année, tous ces petits gestes ou ce travail qu’on ne voit pas, mais qui est tellement important et fait souvent toute la différence pour leurs élèves.  Bref, le titre m’a rappelé comment l’effet enseignant, aussi invisible soit-il, est primordial et puissant.

 

Happy teacher welcoming group of his elementary students.

L‘effet enseignant c’est cette forme de complicité entre le prof et ses élèves qui ne se voit pas, mais qui se sent et qui s’entend.  En effet, l’accueil, les mots, les intonations, les expressions et j’en passe, sont autant de façons d’entrer en relation avec les élèves.  Autant de façons de créer le lien avec eux avant même de pouvoir penser enseigner.  Différentes études menées dans la dernière décennie (Allday et al 2011; Allday and Pakurar 2007; Weinstein et al. 2009) l’expliquent bien : la façon dont l’enseignant aborde ses élèves au début de la journée, ou de la période, influence directement leur niveau d’engagement et leurs comportements, deux facteurs clés d’un climat d’apprentissage positif.  Voilà un bel exemple d’essentiel invisible pour les yeux

Une expérimentation a même prouvé que des étudiants aux études postsecondaires auraient des notes jusqu’à 30% plus élevées lorsque leur professeur manifeste un accueil chaleureux et rassurant.  Puissant cet effet enseignant !

De la même façon, il est maintenant reconnu qu’une utilisation adéquate de l’humour en salle de classe permet une émotion positive pour un élève, un petit groupe d’élèves ou même toute la classe.  Cette approche ne remplacera jamais les stratégies de gestion de classe qu’on nous apprend, mais elle gagnerait à être développée et même enseignée dans les facultés d’éducation.  L’utilisation de l’humour en classe peut prendre de multiples formes selon l’enseignant et le niveau de son groupe : se montrer sous un air drôle et caricatural, l’imitation de personnages, les blagues et les jeux de mots, le jeu de rôle, l’autodérision ou l’anecdote personnelle à saveur humoristique, pour ne nommer que ces exemples.  Comme on dit souvent, le ridicule ne tue pas !  La complicité qui se développe alors entre l’enseignant et ses élèves, procurant un état de bien-être et de confiance mutuelle, permet d’aller encore plus loin dans l’invisible pour les yeux… à la manière d’un Patch Adams de l’éducation.

 

Au-delà de la vocation ou de la passion qui anime les enseignants, il y a donc tout un travail essentiel et invisible pour les yeux.  Et je ne parle pas ici de la planification annuelle, de la préparation des leçons, de la correction ou des communications avec les parents.  Bien que ces tâches occupent une grande partie de leur quotidien, je fais plutôt référence à tous les éléments de psychologie et de pédagogie qui constituent les assises de leur enseignement, mais du même coup leur principal défi pour créer un climat propice aux apprentissages.  Je souhaite donc, par ce court billet, souligner l’excellent travail invisible des enseignants qui, jour après jour, mettent du temps et de l’énergie à créer le lien avec les élèves qu’on leur confie ou qui usent de diverses stratégies pour établir un climat de confiance avec eux et, ainsi, les amènent à développer leur plein potentiel.  Les résultats au bulletin sont souvent l’aboutissement des efforts et des stratégies de nos élèves, mais n’oublions pas que l’essentiel est invisible pour les yeux…  Bonne semaine des enseignants !

 

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Et si notre gazon était plus vert qu’on le pense ?

Il y a un peu plus de deux semaines, une délégation composée de 115 directions d’écoles parisiennes a visité des écoles privées québécoises, curieuses d’en apprendre davantage sur l’innovation pédagogique et le fonctionnement des écoles de notre réseau.  Pour notre part, à l’École Saint-Joseph, une école primaire située sur le Plateau Mont-Royal, nous avons eu le privilège d’accueillir vingt d’entre elles.

Speaker addressing group of femalesCrédit photo: iStock

Cette rencontre a donné lieu à des échanges fort enrichissants.  Les visiteurs ont, entre autres, été particulièrement impressionnés devant les efforts déployés par notre équipe-école afin de favoriser la différenciation pédagogique ainsi que pour mettre en place des conditions soutenant les différents rythmes d’apprentissage.  Ainsi, en plus du travail accompli dans nos différentes classes, de la maternelle à la 6e année, les directrices et les directeurs de la délégation française ont notamment remarqué ce qui est proposé aux élèves inscrits dans nos programmes (musique-études et ID+).

L’école québécoise a fait des pas de géant au cours des dernières années pour diversifier ses approches pédagogiques et amener les élèves à être davantage en action.  Les jeunes doivent toujours maîtriser le français et les mathématiques, apprendre l’histoire et la géographie, et cela demande un effort soutenu et de la rigueur.  On n’y échappe pas.  Toutefois, contrairement aux classes traditionnelles où les élèves sont assis à des pupitres disposés en rangs et assistent à un enseignement magistral ou travaillent en silence, les classes de plusieurs écoles québécoises sont des milieux de vie dynamiques, où les élèves sont activement engagés dans leurs apprentissages prouvant qu’il est possible d’en faire des établissements agréables et stimulants pour tous les jeunes, y compris ceux qui ont plus de difficultés.

 

Soyons fiers du tourisme pédagogique réalisé au Québec

Pour mes collègues et moi, cette visite, les discussions menées avec nos homologues parisiens ainsi que tous les échanges réalisés grâce aux réseaux sociaux nous indiquent que nous sommes sur la bonne voie.  Il ne faut pas avoir peur de s’en enorgueillir, car trop souvent on ne rapporte que les mauvaises nouvelles sur l’état de l’éducation au Québec ou trop souvent on regarde du côté de la Scandinavie en pensant que c’est un système pédagogique modèle.  Je ne dis pas que tout est parfait de notre côté et qu’il ne faut pas rester à l’affût de la recherche ou encore exercer une vigie sur ce qui se fait ailleurs, mais pouvons-nous être fiers de ce qui va bien ?  En ce qui me concerne, je le crois.

Un mois après la rentrée…

Je n’ai jamais vraiment cherché à comprendre ce qui se passait dans les derniers jours des vacances estivales, ni lors des premières semaines de l’année scolaire.  Tout ce que je sais, c’est que les sentiments et les émotions qui m’habitaient (et m’habitent toujours après 25 ans en éducation) étaient uniques, difficiles à exprimer et ardus à comprendre pour mon entourage, même pour les gens les plus proches, même pour ceux ou celles travaillant dans un système de services publics comme celui de la santé et des services sociaux.  J’ai donc toujours pensé que le milieu de l’éducation, sans être un « cas unique », avait ses particularités bien à lui avec son vocabulaire, son calendrier, son organisation du travail, sa mentalité, …  Sans le savoir, je pense que j’avais (et que j’ai toujours) raison.

 

C’est la remarque d’un nouveau parent ayant fait, à quelques jours de la rentrée, la visite de mon école en vue de l’admission de son fils qui m’a permis de tout comprendre.  En effet, alors qu’il constatait que du mobilier, des boîtes et autres éléments des classes et bureaux trônaient toujours dans certains corridors (et que je tentais de cacher mon malaise devant ce tohu-bohu), il m’a lancé spontanément :

« Je n’avais jamais réalisé tout ce qu’une rentrée impliquait.  C’est vraiment comme un déménagement, comme un nouveau départ à chaque année! ».

Sur le coup, je ne savais pas trop quoi penser de son commentaire.  Je l’ai trouvé poli.  J’ai même cru que mon malaise était clairement perceptible et qu’il tentait seulement d’être complaisant pour s’assurer d’une bonne note au dossier de son enfant.

Cependant, j’ai eu l’occasion de croiser ce père dans d’autres circonstances quelques jours plus tard et, bien que je ne cherchais pas nécessairement à reparler de sa visite de l’école, il m’a réitéré combien il avait été impressionné de la somme de travail qui est accompli pendant l’été et en prévision d’une rentrée scolaire.  Non seulement il venait de transformer mes perceptions de l’autre moment passé en sa compagnie, il venait surtout de me permettre de mettre une image, des mots, des sentiments sur ce qu’on vit, année après année, au retour des vacances estivales.  Je venais, en une fraction de seconde, de tout comprendre.  Eurêka !

A posteriori, c’est exactement ce qu’on vit.  Issu de l’entreprise privée en informatique et du monde des affaires, ce père ne comprenait probablement pas toutes les subtilités du travail accompli par la secrétaire, la technicienne en organisation scolaire, l’agente de bureau les concierges, les ouvriers journaliers, le technicien informatique, la directrice de secteur et le directeur général à quelques jours de la rentrée du personnel et de celle des élèves.  Imaginez s’il avait croisé des enseignants et des éducateurs du service de garde !  Il ne pouvait comprendre toutes les subtilités et l’ampleur de la tâche, mais il voyait et sentait que quelque chose se passait.  Et quelque chose de gros pour comparer ça à un déménagement !

Des différences notables

Revenir de deux, trois ou même quatre semaines de vacances avec la même pile de dossiers sur le coin du bureau et repartir une année scolaire après 4 (direction) ou 8 (personnel enseignant) semaines de vacances ne se comparent pas.  C’est là une bonne partie de mon point derrière le titre de ce billet.  De l’aveu même du père, le principal élément qui distingue le cadre scolaire du reste des autres milieux de travail réside dans ce « nouveau départ » qui est colossal.

Teacher posing on blackboard.

Nonobstant le fait qu’il faut se remettre en marche après ces semaines « d’inactivité » (j’y reviendrai plus loin…), il faut aussi, pour la direction, souvent composer avec du nouveau personnel et de nouvelles familles.  Il faut surtout, pour les enseignants et les éducateurs, à moins d’enseigner en classe cycle ou faire du looping, toujours repartir à zéro avec un nouveau groupe d’élèves.  Bien sûr, il y a les « portraits de classe » et les « tableaux de constitution de groupe » pour gagner du temps, mais tout le reste demeure à faire ou à mettre en place.  Et tout ça, dans les premières minutes, les premières heures, les premiers jours, les premières semaines.  Pas anodin.  Surtout quand on sait que la relation est cruciale dans l’effet-enseignant.  Imaginez un speed dating qui dure 4 semaines.  Épuisant ?  Le mot est faible.

Tandis qu’un employé de bureau, un technicien du domaine de la construction, un dirigeant d’une entreprise informatique ou un professionnel de la santé reprendrait ses dossiers et ses projets là où il les a laissés (dans le pire des cas, où aucun de ses collègues n’aurait pris le relai pendant son absence…), l’enseignant débute l’année scolaire en faisant, à chaque fois, table rase.  Certains diront qu’il y a tout de même une base de l’année précédente, du matériel qui est récupéré, des idées à réinvestir.  J’en conviens.  Pourvu que cet enseignant n’ait pas changé de niveau ou de matière…  Peu importe le contexte dans lequel évolue un enseignant, ces premières semaines sont extrêmement chargées en travail pour aménager la classe, en efforts et en constance pour installer les routines et les règles de classe, en conversations, notes et courriels pour sécuriser et informer les parents, en préparation de cours en collaboration avec les collègues, en initiatives pour instaurer les premiers projets et comités, en ajustements constants pour s’adapter aux élèves et aux situations imprévues de l’horaire ou du calendrier, et j’en passe!  Bref, la rentrée c’est une montagne russe d’émotions et un travail de jour, de soir (de nuit pour certains) et de fin de semaine.  Sans compter que, pour plusieurs enseignants (et autres acteurs du monde de l’éducation), la rentrée a débuté bien avant la première journée du retour à l’école puisque, pendant l’été, ils ont revu leur planification annuelle, imaginé des projets, créé du matériel, …  Allô l’inactivité estivale !

 

Pas étonnant donc, ces jours-ci, à l’heure où on prépare les premières communications à remettre aux parents en plus de tenir nos journées portes ouvertes et nos examens d’admission, qu’on soit fatigué, qu’on perde la voix, qu’on attrape des virus, … qu’on soit essoufflé.  Pas étonnant que la journée mondiale des enseignants soit programmée le 5 octobre de chaque année ; toujours à peu près un mois après le début du calendrier scolaire.  Juste le temps qu’il faut pour réaliser combien notre profession est exigeante et mérite toute la reconnaissance du public.  Juste le temps qu’il faut pour les connaître suffisamment et vouloir leur dire merci et bravo.  Bonne journée mondiale des enseignants !

Le pouvoir du lien

À l’aube d’une nouvelle rentrée scolaire, nous sommes inondés de publications au sujet de ce qui est à faire en éducation, de défis pour la prochaine année, d’idées de projets, etc.  Tout le monde a son avis sur le sujet, même les publicitaires !  Pour ma part, encore et toujours comme le suggère le nom de mon blogue, je reviens à l’essentiel : le lien avec l’élève.

High Five With Teacher

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Je lisais, encore ce matin, un petit article – 8 Proactive Classroom Management Tips – tiré du site Edutopia qui faisait état de quelques stratégies utiles à la gestion de classe.  Sans surprise, celle qui suggérait d’accueillir, de façon personnalisée, tous ses élèves à la porte de la classe chaque matin arrivait au premier rang du classement.  Dans le même esprit, celle qui parlait de tenter de bien connaître ses élèves pour bâtir, entretenir ou rétablir des liens significatifs arrive en second lieu.  L’article rapportait notamment que ces stratégies, portant sur des liens forts et positifs avec les élèves, peuvent accroître de 33% l’engagement scolaire en plus de diminuer de 75% les comportements dérangeants en classe.

« Building relationships with students through strategies like greeting them at the door is a good start. It’s also necessary to maintain them over the course of the school year, and to repair them when conflicts arise. “The stronger the relationship and the better we understand our students, the more knowledge and goodwill we have to draw on when the going gets tough. »

Marieke van Woerkom

Cette lecture n’était pas sans me rappeler les propos de Stéphane Paradis, accueilli récemment par mon équipe-école afin de lancer l’année scolaire.  En effet, ce conférencier nous parlait, avec entrain et émotion, du pouvoir des Adultes Signifiants (les AS comme il les appelait…) et de la capacité de chaque membre d’une équipe-école (notez le sens large donné au terme équipe-école par Stéphane Paradis ; de la secrétaire au concierge en passant par l’enseignant et l’éducateur, tous enseignent par ce qu’ils sont, par ce qu’ils font) à allumer des étincelles autour de lui.  Il nous invitait à prendre conscience de notre rôle et de la portée de nos gestes, nos paroles, nos regards.  Même les plus anodins d’entre eux !

Voilà plus de 25 ans que je travaille dans le milieu de l’éducation.  Sans trop me tromper, je peux affirmer que j’ai dû côtoyer des milliers d’élèves à titre d’enseignant ou de directeur.  Dans l’un ou l’autre de ces rôles, comme plusieurs de mes collègues, je me suis toujours d’abord efforcé de tenter de les connaître pour ensuite créer un lien véritable.  Je ne suis peut-être pas toujours parvenu à leur faire apprécier les disciplines scientifiques que j’enseignais, pas toujours arrivé à les faire réussir et je n’ai certainement pas toujours obtenu les résultats escomptés avec mes différentes interventions disciplinaires.  Cela dit, comme plusieurs de mes collègues, j’espère en avoir influencé positivement une grande partie.  Parfois dans l’immédiat, parfois sur une plus longue période.  Dans ce dernier cas, c’est ce qui fait que « l’œuvre » est plus grande que nous et que certaines semaines, certains mois ou même certaines années sont plus difficiles que d’autres dans une carrière en éducation.  Il faut y croire, sans nécessairement voir…

 

Je vous souhaite une merveilleuse rentrée 2019.  Que cette année qui débute bientôt soit riche en liens significatifs avec chacun de vos élèves et vos collègues.  Soyez donc des AS et ne sous-estimez pas le pouvoir de l’effet-enseignant !

 

Médaille d’or aux enseignants!

En ce début de semaine dédiée à la reconnaissance des enseignants du Québec, je désire prendre quelques lignes pour saluer, à ma façon, le travail quotidien qu’ils accomplissent brillamment auprès des élèves qui leur sont confiés.

Pretty, young college student writing on the chalkboard/blackboard

 

Les enseignants, des athlètes de haut niveau

Choisir de devenir enseignant, c’est choisir de courir un marathon chaque année.  Bien sûr, il s’agit d’une allégorie et je l’utilise en sachant pertinemment qu’être enseignant ce n’est pas un exercice purement individuel.  L’idée est tout de même là.  Peu importe la nature ou l’intensité de l’entraînement, la forme physique au départ ou la qualité de l’équipement du coureur, un marathon reste un marathon : une course de fond où il est important de bien gérer ses énergies et les distractions pour éviter le « mur » du 30e kilomètre.

 

Ainsi, être enseignant (et je dirais, au sens plus large, occuper une fonction dans une école) c’est être un athlète de haut niveau qui, chaque année scolaire, tente de se dépasser sur un parcours parfois semé d’embûches.  C’est savoir partir tranquillement, mais d’un pas assuré (à tout le moins en avoir l’air).  C’est être capable d’affronter des vents de face tout en gardant son rythme.  C’est devoir gérer sa faim et sa soif pour éviter les crampes.  C’est savoir ralentir (ou même marcher, si c’est nécessaire) aux endroits ou aux moments opportuns.  Finalement, être enseignant c’est terminer sa course en étant fier de soi.  Tant mieux si on a dépassé nos objectifs, mais ce qui importe surtout c’est d’avoir le goût de recommencer l’année suivante, de se mesurer à un autre parcours, de faire mieux ou différemment.  Toutes les motivations sont bonnes pour reprendre l’entraînement en vue d’un prochain marathon.  Ouf!  Pas toujours facile tout ça…  La course peut paraître longue, être éreintante pour certains, voire insurmontable pour d’autres.  C’est exactement pourquoi il importe de prendre quelques instants, à l’instar des supporteurs massés le long du parcours d’un marathon, pour encourager, féliciter, motiver, applaudir, rafraîchir, soutenir ou réconforter.

 

Toutes les raisons et tous les moments de l’année sont bons pour remercier un enseignant et lui donner une « tape dans le dos », mais profitons de cette semaine spécialement dédiée à la reconnaissance de la profession pour souligner les résultats de la première moitié de son marathon.  Donnons-lui tout de suite sa médaille d’or!

L’école privée et la ségrégation scolaire : un discours à revoir

En cette période électorale où l’éducation occupe une place, jamais assez grande, dans le discours des politiciens, je désire m’exprimer sur la question de la place des EHDAA à l’école privée.  J’estime que trop de gens pensent encore qu’il n’y a que l’élite qui fréquente le privé.  Pourtant, pour ne nommer que cet exemple, le ministère de l’Éducation offre une mesure financière additionnelle aux écoles privées qui, depuis maintenant trois ans, présentent un projet ayant pour but le soutien de leurs élèves en difficulté.  Cette année, sans surprise, cette enveloppe est complètement dépensée, voire totalement insuffisante pour la plupart des écoles qui présentent un projet.  Il est temps qu’on cesse cette désinformation et qu’on rétablisse les faits.

 

Je suis directeur d’une école primaire privée à Montréal. J’ai auparavant dirigé des écoles publiques. Dans les deux cas, j’ai eu parmi mes élèves des enfants ayant des besoins particuliers : difficultés d’apprentissage, troubles du langage, difficultés d’adaptation, retards scolaires, etc. Dans les deux cas, j’ai toujours travaillé avec mon équipe pour élaborer des plans d’intervention afin de permettre à ces enfants de surmonter leurs difficultés et leur offrir des conditions favorisant la réussite.

La grande différence entre l’école privée et l’école publique ne se situe pas au niveau des élèves, ni au niveau du personnel. Elle se situe au niveau de la gestion de l’école. L’école privée est autonome. Cela lui permet d’avoir une agilité quant à la mise en œuvre de moyens pour accompagner chaque élève qui lui est confié.

Cette année, notre école offre pour la première fois le programme ID+ créé pour les élèves qui, depuis le début de leur parcours scolaire, ont rencontré des difficultés sur le plan des apprentissages. Ce programme vise à offrir, à travers le programme de formation régulier, des conditions avantageuses en vue de favoriser leur réussite. Ainsi, plusieurs adaptations sont proposées pour que l’expérience scolaire de ces élèves soit positive et qu’ils soient en mesure, à la fin de leur primaire, d’entrer au secondaire en étant bien outillés pour réussir.

Schoolboy

Dès l’annonce de la mise en place de ce programme, nous avons reçu plusieurs demandes de parents à bout de souffle, à la recherche de ressources pour leur enfant en difficulté. Il est clair qu’il y a un besoin criant de solutions pour ces élèves.

L’école privée offre une alternative à bien des familles qui souhaitent que leur enfant puisse réussir malgré un diagnostic et/ou de réelles difficultés. Couper le financement aux écoles privées sous prétexte que cela permettrait d’éliminer la ségrégation scolaire, c’est bien mal connaître la réalité des écoles privées qui sont nombreuses à offrir des solutions intéressantes aux élèves ayant des besoins particuliers, et ce même si la subvention pour ces EHDAA qui fréquentent l’école privée n’est pas ajustée comme elle l’est pour ceux qui fréquentent l’école publique.  Mais ça, c’est un autre débat.