Les résolutions de la rentrée scolaire

Nous voici encore rendus à cette période de l’année où les publicités dans les médias nous rappellent que le retour à l’école approche.  Comme si les blues du dimanche duraient un long mois…  Déjà que la période des vacances n’est pas toujours assez longue pour récupérer des dix mois passés à se donner pour nos élèves et à accomplir tout ce qui est nécessaire à la vie d’une école, il faut qu’on nous répète en boucle, à chacune des journées de nos dernières semaines de vacances, que la rentrée est à nos portes.  Voir si on récupère miraculeusement d’un marathon en se faisant parler du prochain!

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Qu’à cela ne tienne, en bons athlètes de l’éducation que nous sommes, nous avons suivi les conseils et consignes d’usage pour la récupération, nous avons soigné nos blessures et reprenons tranquillement l’entraînement pour notre prochaine course de fond : la nouvelle année scolaire.  Bizarrement, malgré les publicités et les slogans faussement convaincants du mois d’août, j’ai toujours aimé cette période de l’année où l’on nous force à regarder en avant et à préparer notre rentrée.  Après les bilans de juin, peu importe notre rôle dans une équipe-école, c’est l’heure des réflexions prospectives.  Quels objectifs établirons-nous, quelles seront nos priorités, comment y parviendrons-nous, qu’est-ce qui sera maintenu, qu’éviterons-nous de répéter et que ferons-nous différemment?  Autant de questions qui, consciemment ou pas, m’habitent durant les jours et les semaines précèdent le retour au travail.  Quand j’enseignais, je pensais à ma planification, mes préparations de cours et mes approches didactiques : « Comment faire pour viser un plus grand intérêt de mes élèves et une meilleure réussite de leur part? ».  Depuis que je dirige une école, voilà maintenant plus de 20 ans, les mêmes questions m’habitent à cette période de l’année.  À peu de choses près, ce sont les mêmes préoccupations qui occupent mes réflexions : « Comment susciter l’adhésion du plus grand nombre à notre projet éducatif ou mon plan d’action et augmenter les retombées positives pour une majorité d’élèves? ».

J’adore cette période de l’année parce qu’elle nous permet de rêver.  Bien qu’il puisse souvent être difficile de reprendre après un arrêt de quelques, voire plusieurs, semaines, je nous considère chanceux de pouvoir faire table rase, réfléchir, planifier et recommencer.  Ainsi, même si certains dossiers ou projets feront l’objet d’une suite, d’autres, pour ne pas dire la plupart, seront à reprendre à partir de zéro.  Sans parler des nouveaux visages dans l’équipe suite aux mouvements de personnel ainsi que de l’arrivée de nouveaux élèves.  La rentrée devient donc l’occasion privilégiée, un peu à la manière des résolutions que l’on prend au jour de l’an, de repartir sur de nouvelles bases, d’initier de nouveaux projets ou de se lancer des défis.  Contrairement à bien d’autres secteurs dans le monde du travail, le retour des vacances et la nouvelle année scolaire qui s’amorce se vivent sous le signe d’un nouveau départ et non d’une poursuite.  D’un autre angle, ce qui représente une opportunité en éducation s’avère également être un défi quand on imagine qu’il faut relancer ou repartir une machine après une pause de près de deux mois pour certains.  Comme quoi rien n’est parfait…

Pour ma part, les vacances m’ont permis de suivre un autre horaire que celui des dix derniers mois, de faire le vide à certains égards, mais aussi de réfléchir à la prochaine année scolaire, mes priorités et mon plan d’action. D’autant plus que, même si je me considère bien adapté depuis mon arrivée en décembre dernier, je n’ai pas encore complété ma première année dans ce nouvel environnement de travail. Or, peu importe ce que la prochaine année scolaire nous réservera*, j’envisage cette énième rentrée professionnelle avec la même attitude, la même énergie et le même optimisme qu’au début de ma carrière. Mes résolutions sont identifiées et j’entends bien les tenir plus longtemps que celles qu’on prend habituellement au jour de l’an. Bonne résolutions et bonne rentrée!

* Marius Bourgeois, lors d’une conférence justement présentée à mon équipe dans le cadre d’une récente rentrée scolaire, comparait une année scolaire au rythme cardiaque en mentionnant qu’il y avait inévitablement des hauts et des bas durant les dix mois qui la constituent…

Plus ça change, moins c’est pareil

C’est fait!  Le retour à l’école est derrière nous.  Une autre rentrée scolaire qui amène son lot de changements, de nouveautés, d’adaptations et tant d’autres situations à gérer.  Malgré ce tourbillon annuel, une chose reste constante pour les enseignants : la liste de classe.   La fameuse liste de classe!  Quels élèves me seront confiés?  Aurais-je Untel dans ma classe?  Est-ce que X sera toujours comme mes collègues me l’ont décrit?  J’espère que Y ne sera pas comme son frère que j’ai déjà eu…  Autant de questions ou d’affirmations légitimes, mais dont il faut se méfier.

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La « flèche » de FedEx

Récemment, j’avais la chance et le bonheur d’assister à une conférence de Marius Bourgeois sur le thème « Faiseurs de possible ».  En fait, c’est à la suite de mon initiative que Marius était présent à l’occasion de la rentrée 2021 de mon équipe-école.  Je l’admets, j’avais volontairement planifié le tout pour qu’on prenne conscience, entre autres, de notre capacité à être des leaders face au groupe qui nous est confié et de notre pouvoir d’influence face aux élèves.  Le pouvoir de l’effet enseignant!  Ce fameux concept auquel je crois profondément et qui est, à mon avis, trop souvent sous-estimé.  C’est donc par différents exemples et quelques illustrations fort bien choisies que Marius nous a convaincus qu’il y a quelque chose à découvrir dans chaque élève.  Celle inspirée du logo de l’entreprise FedEx est, à mon avis, la plus éloquente puisqu’elle démontre qu’il y a toujours une « flèche » dans chaque situation, chaque personne, chaque élève.

En effet, à se fier à nos a priori, au premier coup d’œil ou à ce qu’on entend de la majorité, on passe souvent à côté de quelque chose de plus subtil, mais tout aussi important.  La « flèche » dans le logo de FedEx a toujours été là, mais pas toujours visible selon le regard qu’on pose ou le temps qu’on prend pour le regarder.  Il en est de même pour nos collègues, nos amis, nos élèves…  Voyez-vous?

La « flèche », la classe et les élèves

Mais revenons à la liste de classe et appliquons-lui le « principe de la flèche FedEx ».  Quel enseignant peut prétendre connaitre tous ses élèves dès le jour 1 de l’année scolaire?  Il y a, en effet, un énorme danger qui nous guette dans le fait de vouloir caractériser trop rapidement chacun des élèves qui nous sont confiés.  Mettons de côté nos premières impressions, nos idées préconçues ou nos conclusions hâtives.  L’être humain est complexe et les élèves changent.  Une année scolaire ou même un été c’est souvent une éternité dans la vie d’un jeune.  Qu’on pense à l’enfant qui entre à la maternelle et qui a tout à apprendre, à celui du primaire qui, après les 2 mois des vacances estivales, n’est plus l’élève qu’il était en juin ou encore l’ado du secondaire qui vivra assurément au moins une période plus difficile servant à forger son identité, pouvons-nous voir la « flèche » lors de la première journée de classe, la première semaine ou même le premier mois de l’année scolaire?  Y a-t-il seulement une flèche qu’on puisse déceler à ce moment?  Le sens commun et la psychopédagogie nous enseignent que nous devons être prudents et réserver nos jugements pour bien comprendre et connaitre un élève.  Le « principe de la flèche FedEx » demande d’avoir un bon éclairage, de la perspective et une certaine profondeur avant d’y arriver.  Et encore!  Même avec les meilleures conditions, il se peut qu’on ne puisse pas la voir à certains moments, pour certains élèves.  En pareil cas, Marius nous suggère de ne pas hésiter à demander de l’aide à un collègue.  Ça réfère au concept de l’équipe-école, à la complémentarité des expériences, des idées et des points de vue; ce qui est « visible » par une personne ne l’est pas nécessairement pour une autre et vice-versa.

Prenons donc le temps, dès les premiers moments de l’année scolaire, de créer un lien de confiance avec chacun de nos élèves.  Ce lien si important et puissant selon Hattie (d = 0,52) pour maximiser les chances de réussite scolaire.  En oubliant les étiquettes (d = 0,61) et les préjugés, donnons-leur la chance de nous démontrer tout leur potentiel en les plaçant des contextes favorables.  Ainsi, peut-être que la « flèche » impossible à voir au jour 1 se révélera graduellement.  Qui sait, elle deviendra peut-être plus grosse que le logo et nous éblouira à chaque coup d’œil…  D’ailleurs, n’est-ce pas là le défi de tous les différents intervenants dans une équipe-école : faire briller, chacun à sa façon, chaque élève?